ÔTÉ AUX DUCS AVEC LES PRINCES DU SANG
de moi : il ne Tavoît pu dire certainement, et le Roi le voulut savoir pour ne s'y pas méprendre.
Les princes du sang, blessés de cette distinction de M. le duc d'Orléans, qu'ils avoient essuyée assez peu encore avant qu'il allât en Espagne, s'en voulurent dédommager en usurpant sur les ducs la même distinction. Ils firent leur affaire dans les ténèbres; et à l'Assomption de cette année, Monsieur le Duc servit seul à la communion du Roi, sans qu'aucun duc fût averti. Je l'appris à Forges ; je sus que la surprise avoit été grande, et que le duc de la Force, qui auroit dû servir, et le maréchal de Boufflers, étoient àla chapelle. J'écrivis à ce dernier que cela n'étoit jamais arrivé, que moi-même j'avois servi avec les princes du sang et avec Monsieur le Duc lui-même, et il n'y avoit pas même longtemps, que cela étoit aisé à vérifier sur les registres de Desgranges, maître des cérémonies, et ce que je crus enfin qu'il falloit faire pour ne pas faire cette perte nouvelle. On visita le registre, et on le trouva écrit et chargé de ce que j'avois mandé et de quantité d'autres pareils exemples. Mais la mollesse et la misère des ducs n'osa branler. Je m'en étois douté, et j'avois en même temps écrit à M. le duc d'Orléans, en Espagne, tout ce que je crus le plus propre à le piquer, et par rapport à la conservation de sa distinction sur les princes du sang, à ne pas souffrir cette usurpation sur les ducs pour s'égaler par là à lui en ce qi^'il étoit possible. A son retour je fis qu'il en parla au Roi : le Roi s'excusa; Monsieur le Duc dit qu'il n'y avoit point eu de part; M. le duc d'Orléans pressa, tout timide qu'il étoit avec le Roi, qui répondit que c'étoit les ducs qui d'euxmêmes ne s'y étoient pas présentés. Mais comme* l'eussent-ils fait sans être avertis ? et comment le Roi lui-même l'eût-il trouvé? Bref, il n'en fut autre chose, et cela est demeuré ainsi.
Piqué, et peu pressé de retourner à la cour, je m'en allai de Forges à la Ferté, où M"* de Saint-Simon me vint
i, Comtie dans le sens de comment; il y a bien corumettl à la ligne suivante.
trouver de Rambouillet, où M"* la duchesse d'Orléans l'avoit engagée d*aller avec elle et quelques autres dames. Nous demeurâmes trois semaines à la Ferté : la cour étoit à Fontainebleau, où je ne voulois point aller; plus sage que moi, M"* de Saint-Simon m'y entraîna. Je n'allai faire ma révérence au Roi que le surlendemain de mon arrivée, et dans rinstant je me retirai et sortis; apparemment il remarqua Tun et Tautre : c'ctoit l'homme du monde qui étoit le plus attentif à toutes ces petites choses, et il étoit exactement informé chaque jour des gens de la cour qui arrivoient à Fontainebleau, où il aimoit surtout à l'avoir grosse et distinguée. Le jour suivant, passant par son antichambre, allant ailleurs l'après-dînée, je le rencontrai qui passoit chez M"* de Maintenon ; à l'instant il me demanda de mes nouvelles : je répondis avec respect et brièveté*, et sans le suivre, je continuai mon chemin; aussitôt je m'entendis rappeler : c'étoit le Roi qui me parloit encore; à cette fois, je n'osai plus quitter, et je le suivis jusqu'où il alloit. Il sentoit quand il avoit fait peine ou injustice, et quelquefois même assez souvent il cherchoit à faire distinction, et ce qui, dans un particulier supérieur, s'appelleroit honnêteté. Ce narré m'a conduit à Fontainebleau plus tôt que déraison; il faut retourner un peu en arrière. Mais auparavant je dirai que, quoique pressé souvent de me trouver aux communions^du Roi depuis, et en des temps où il n'y avoit point de princes du sang à la cour, car les bâtards ne s'y étoient pas encore présentés, je ne pus jamais m'y résoudre, et jamais je n'y ai été depuis.
11 arriva une aventure à Marly, peu avant Fontainebleau, qui fit grand bruit parla longue scène qui la suivit, plus étonnante qu'on ne se le peut imaginer à qui a connu le Roi. Toutes les dames du voyage avoient alors l'honneur de manger, soir et matin, à la môme heure, dans le même petit salon qui séparoit l'appartement du Roi et celui de