CAUSE DE LA BROUILLERIË
rendre compte au Roi, et que s'il s'y trouvoit la moindre fausseté, il méritoit d'être rigoureusement puni. On entendit bien ce que tout cela vouloit dire : il n'en coûtoit rien au Roi, il n'y avoit que M""* de Mailly d'attrapée, qui ainioit mieux perdre son argent que son gendre. Elle étoit nièce de M"* de Maintenon, elle étoit en place et fort amie de Chamillart; Listenois reparut à la cour, et il n'en fut pas parlé davantage, mais personne ne s'y méprit, et Listenois n'y perdit rien, parce qu'il n'avoit rien à perdre.
On a vu p. 338* ce qui se passa entre le Roi, Catinatet Chamillart, quand le Roi voulut se resservir de Gatinat, après l'avoir fait honteusement revenir d'Italie pour y envoyer son maréchal de Vjlleroy réparer les torts d'un général si différent de lui. L'anecdote en est extrêmement curieuse. Quelque sagesse au-dessus de l'homme que Gatinat eût fait paroître en cette occasion, où il eut tant d'avantage en résistant au Roi, qui le pressoit de nommer et de lui parler à cœur ouvert sur l'Italie, Chamillart, qui avoit eu toute la frayeur d'être chassé, et Tessé d'être perdu sans ressource, ne purent la lui pardonner, ni se résoudre à retomber une autre fois sous sa coupe, quelque généreux et chrétien qu'il se fût montré alors. Tessé, valet à tout faire de Chamillart tant qu'il fut en faveur, n'omit rien pour l'engager à perdre Gatinat, et le mettre hors de toute portée d'inquiéter leur fortune. Ce n'étoit pas qu'il ne dût la sienne toute entière à Gatinat, qui Tavoit toujours distingué dans la guerre de 1688 en Italie, et qui le produisit pour être chargé de la négociation de la paix particulière de Savoie et du mariage de M"* la duchesse de Bourgogne. Son patron Louvois étoit mort alors; Barbezieux, à peine en fonction, n'avoit pas encore les reins assez forts pour porter bien haut personne, et ce fut au seul Gatinat à qui Tessé dut la confiance de ce traité, qui lui valut sa charge, le poussa rapidement au grand, et