DE CATINAT ET DE GHAMILLART
acheva sa fortune. On a vu qu'il la trouva trop lente, et de quelle ingratitude il paya son bienfaiteur en cette même Italie, sans aucune autre cause que de l'accélérer à ses dépens, combien il y fut trompé, et Vaudemont aussi, dont il avoit fait son nouveau maître par l'envoi du maréchal de Villeroy, et toutes ses souplesses avec celui-ci, qui ne furent pas capables de l'empêcher de l'arrêter sur ses excès à l'égard de Gatinat. Je l'ai dit plus d'une fois, et je le répèle, parce que c'est une expérience infaillible : les injures que l'on a faites se pardonnent infiniment moins •que celles qu'on a reçues; et c'est ce qui engagea Tess'é à ne garder aucune mesure avec Gatinat, qui en avdit gardé avec lui de si difficiles, et qui, ayant de quoi le perdre et pressé par le Roi de parler, ne l'avoit pas voulu. Ce risque commun d'alors de lui et de Ghamillart, qui l'avoit échappé si belle, excita Tessé, pour s'en mettre à l'abri pour toujours, de pousser Ghamillart à en mettre Gatinat hors de portée, et c'est ce que ce ministre exécuta si bien en dépouillant ce général de toutes ses troupes sur le Rhin, pour le faire tomber dans le néant en élevant Villars sur le pavois. On a vu depuis Gatinat, enveloppé de sa gloire, de sa sagesse, de son mérite, retiré en silence à Saint-Gratien, refuser l'ordre, et se tenir dans le silence et l'éloignement.
L'affaire de Provence effraya intérieurement le Roi, au point de sortir de son caractère pour chercher du remède partout. Il fit secrètement consulter Gatinat, qui fit un mémoire là-dessus, qu'il envoya au Roi. Le Roi le goûta. Je ne sais si l'envie lui reprit de se servir encore de Gatinat, qui n'en eut aucune, mais il lui fit dire de venir à Versailles. Il n'avoit pas vu Ghamillart depuis son dernier retour du Rhin, dont je viens de parler, qui étoit en 1702; et quoique M. de Beauvillier fût fort ami de Ghamillart, il l'éloit beaucoup aussi de Gatinat, dont il connoissoit et respectoit la vertu. G'étoit par lui qu'avoit passé cette dernière consultation et l'ordre de venir «à Versailles. Il s'y présenta ; c'étoit à la fin de novembre, comme le Roi