‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 4 sur 311 · VILLEROY À VERSAILLES · texte numérisé non relu

VILLEROY À VERSAILLES

temps seul avec le Roi dans son cabinet. Il en reçut une lettre de sa main, portant ordre à tous les maréchaux de France de prendre Tordre de lui et de lui obéir partout. C'est où M. du Maine et lui en vouloient venir sans patentes, et où ils arrivèrent enfin par degrés, contre le goût et la volonté du Roi; et de cette sorte, sans patente, M. de Vendôme, quoique sans mention de sa naissance, fut mis en parfait niveau avec les princes du sang. 11 prit congé transporté d'aise, s'en alla coucher à Glichy, d'où il partit le lendemain pour Valenciennes. Le maréchal de Villeroy, qui s'étoit tenu fort obscurément à Saint-Âmand, reçut en même temps son congé, et partit aussitôt pour revenir. Il ne vit ni ne rencontra M. de Vendôme.

Ce retour fut bien différent de ceux de toutes les précédentes années : il arriva à Versailles le vendredi 6 août, et vit le Roi chez M"* de Maintenon; cela fut court et sec. Il obtint sans peine de différer quelques jours à prendre le bâton, sur ce que son équipage n'étoit pas arrivé et qu'il avoit beaucoup d'affaires : il étoit dans son quartier de capitaine des gardes. 11 s'en retourna promptement à Paris, ne vit point Chamillart, et acheva de gâter ses affaires par se plaindre hautement de lui. Ce n'étoit plus le temps où le langage, les grands airs et les secouements de perruque passoient pour des raisons; la faveur qui soutenoit ce vide étoit passée. Chamillart n'étoit pas cause qu'il eût formellement désobéi aux ordres réitérés de ne se commettre à rien avant la jonction de Marsin; ce n'étoit pas lui qui lui avoit fait choisir un si étrange terrain pour combattre, et si connu pour tel, qui lui avoit fait faire une disposition si étrange, qui lui avoit tourné la tête ensuite et qui lui avoit fait abandonner toute la Flandre, par une terreur panique que rieri ne put rassurer, pour quatre mille hommes perdus en tout et pour tout à Ramillîes. Ses clameurs ne furent écoutées que de quelques amis particuliers, par compassion plus que par persuasion ; personne ne se voulut brouiller avec Chamillart pour un général en disgrâce en si lourde faute.

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