‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 5 sur 311 · GUISCARD RETIRÉ. CHEZ LUI · texte numérisé non relu

GUISCARD RETIRÉ. CHEZ LUI

Ville roy, déchu de sa faveur et du commandement des armées, perdit toute Técorcc qui Tavoit fait briller, et ne montra plus que le tuf. L'abattement, l'embarras succéda aux grands airs et aux sons des grands mots. Son quartier lui fut pesant à achever : le Roi ne lui parloit que pour donner Tordre et pour des choses de sa charge; il pesoit au Roi, il le sentoit, et plus encore que chacun s'en apercevoit : il n'osoit ouvrir la bouche, il ne fournissoit plus à la conversation, il ne tenoit plus le dé. Son humiliation étoit marquée dans toute sa contenance ; ce n'étoit plus qu'un vieux ballon ridé', dont tout l'air qui l'enfloit étoit sorti. Dès que son quartier fut fini, il s'en alla à Paris et à Villeroy, et jusqu'à ce qu'il recommençât l'année suivante, on le vit très-rarement et très-courtement à la cour, où le Roi ne lui disoit pas un mot. M"* de Maintenon en eut pitié, mais ce fut tout jusqu'au temps où elle crut en avoir affaire. 11 la voyoit pourtant chez elle quand il venoit à Versailles ; cette petite distinction le soutenoit à ras de terre.

Il n'est pas temps de s'étendre davantage sur ce roi de théâtre. 11 eut un autre dégoût. Guiscard étoit son protégé; il étoit beau-frère de Langlée, qui ne bougeoit à la cour de chez Monsieur le Grand, et de * chez qui le maréchal de Villeroy et la meilleure compagnie étoit tous les jours, à Paris, en fêtes et au plus gros jeu du monde. Par le changement de général, il fallut à tous les officiers généraux de nouvelles lettres de service; Guiscard, premier lieutenant général de l'armée de Flandres, fut le seul qui n'en eut point : on prétendoit que là tête lui avoit tourné à Ramillies et depuis, comme au maréchal. Cette disgrâce porta à plomb sur ce dernier, qui, ne pouvant se justifier ni se soutenir lui-même, ne put être d'aucun secours à son ami. Guiscard, se voyant sans emploi à l'armée, prit le parti de s'en venir chez lui à Magny, terre qu'il avoit

1. On pourrait hésiter, en lisant le manuscrit, entre rit/é et vidé, mais ridé est plus probable que rirfé, que Saint-Simon eût d'ailleurs écrit vuidé.

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