Pages 61 et suivantes de notre tome II
2. Ici et plus loin^ les mots imprimés en italique sont soulignés au manuscrit.
qui vouloient ôter ces grands établissements de terres en Bretagne à la religion prétendue réformée S dans une province si voisine de l'Angleterre, environnée de la mer de trois côtés, et à qui les temps permettoient encore d*être jalouse de ses privilèges. A ces difficultés il s'en étoit joint une autre, qui arrêta des prétendants : ce fut le procès de ce Tancrède* qui se prétendoit son frère légitime de père et de mère, dont le procès a été trop célèbre et trop connu pour s'arrêter ici à l'expliquer, et qui ne se termina que par sa mort, arrivée, sans avoir été marié, au combat du faubourg Saint- Antoine, en 1649.
M"' de Rohan s'enriuyoit cependant d'un célibat auquel elle ne voyoit point de fin, sous l'aile d'une mère jalouse et sévère. On étoit en 1645, au milieu des troubles de la régence ; elle avoit vingt-huit ans. Elle trouva H. Chabot, sieur de Saint-Aulaye, fort à son gré, qui étoit un des hommes de France le mieux fait et le plus agréable, et qui n'avoit qu'un an plus qu'elle, arrière-petit-fils de Guy Chabot, seigneur de Jarnac, si connu par ce fameux duel auquel il tua Fr. de Vivonne, seigneur de la Châteigneraie, en champ' clos, 10 juillet 1547, en présence du roi Henri II et de toute sa cour. Saint-Aulaye étoit dans l'intime confiance de Gaston et de Monsieur le Prince, qui le servirent si bien dans un temps où ils pouvoient presque tout, qu'ils firent ce grand mariage malgré la duchesse de Rohan, qui n'avoit rien à dire sur l'alliance, mais qui se récrioit sur les biens et sur les établissements, dont en effet Saint- Aulaye n'avoit aucuns, et qui étoit encore plus outrée de voir sa fille, qu'elle avoit si longtemps réservée à quelque grand parti de sa religion, épouser, avec tant de grands biens, un catholique dénué de tous ceux de la fortune. Elle eut beau crier et s'opposer, sa fille avoit vingt-huit ans : appuyée de Monsieur, de Monsieur le Prince, et de