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soient parfaitement, et il ne pouvoit ignorer que le Roi ne Taimoit pas mieux. Outre le courant de la vie, où il avoit toujours essuyé des dégoûts, il ne pouvoit pas oublier rétrange déclaration du Roi au chapitre de Tordre de 1688,^ où les chevaliers de cette grande promotion furent nommés. Le Roi, peiné de Tinjustice qu'il faisoit aux ducs en faveur de la maison de Lorraine, mais dont rengagement étoit pris de longue main, et pour parvenir à ce qu'il souhaitoit le plus, comme on Ta vu p. 5*, voulut bien ne pas dédaigner de faire aux ducs une excuse publique des trois seuls d'entre eux ayant l'âge qu'il n'avoit pas compris dans la promotion, et d'en dire les raisons. G'étoient MM. de Ventadour, de Brissac, mon beau-frère et frère de la maréchale de Villeroy, et M. de Rohan. Du premier, le Roi dit qu'il n'avoit pas voulu exposer son ordre dans les cabarets et les mauvais lieux de Paris; du second, qu'il n'avoit pu se résoudre à le prostituer en des lieux encore plus infâmes, et cela en plein chapitre dç l'ordre; de M. de Rohan enfin, que pour celui-là il n'y avoit rien à dire, sinon qu'il nel'avoit jamais aimé, et qu'il falloit au moins lui en passer un : cela fut net. Outre que le duc de Rohan étoit un honime d'un esprit et d'une humeur fort désagréable, le Roi, qui vouloit qu'on regardât les charges, surtout celles qui l'approchoient de plus près, comme le souverain bonheur, ne lui avoit jamais pardonné d'avoir rompu son mariage avec la fille unique du duc de Grequy pour faire celui de la fille unique de Vardes. Le Roi aimoit fort le duc de Grequy, et lui avoit accordé la survivance de sa charge de premier gentilhomme de sa chambre pour son gendre, et Vardes étoit exilé en Languedoc depuis longtemps, pour avoir manqué personnellement au Roi en chose essentielle, qui ne le lui pardonna jamais. M"* de Soubise, de plus, n'avoit pas aidé à faire revenir le Roi pour son frère. Elle étoit toute Rohan, et enivrée du rang qu'elle avoit procuré à son mari et à ses enfants. Par
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toutes ces raisons, il n'étoît pas douteux qu'elle ne fût en cette occasion pour M. de Guémené contre son frère, et que ce crédit de plus sur le Roi, aussi mal disposé qu'il étoit, et sur les ministres, qui tous la craignoient et la ménageoient infiniment, ne devînt fort dangereux à la cause du duc de Rohan.
Mais le temps àe% chimères étoit arrivé ; il en étoit monté une dans la tête du duc de Rohan, qui ne se découvrit que quelque temps après, comme il sera remarqué en son lieu, qui, toute folle qu'elle pût être, l'entraîna dans le soutien du nom et des armes de Rohan pour ses enfants et leur postérité. Piqué de n'avoir point été chevalier de l'ordre, il auroit voulu faire croire la fausseté de ce que M"* de Soubise avoit fait écrire sur les registres de l'ordre, au lieu de ce que le Roi avoit commandé qui y fût mis, et que j ai remarqué p. 154*, et persuader qu'il avQJt suivi le sort des Rohans. De là, avec les années, il se mit peu à peu dans la tête de prétendre le même rang dont ils jouissent, parce que sa mère lui en avoit apporté tous les biens. Sa mère, étant fille, n'avoit jamais été assise; sa mère n'étoit l'aînée de la maison de Rohan que par les biens. Avant la comédie de George Dandin, où M. et M"' de Sottenville prétendirent que le ventre anoblissoit', on n'en avoit jamais vu former de prétention ; mais comme l'expérience en plusieurs montre qu'en vieillissant les prétentions et les chimères avoient de nos jours fait fortune, M. de Rohan espéra le même succès de la sienne et ses enfants, comme nous le verrons après lui. Jusqu'à présent elle n'a pas encore réussi.
Quoi qu'il en soit de ce qui conduisit le duc de Rohan, il se mit aux hauts cris de l'injure qui lui étoit faite, et ne pensa qu'à la repousser, et à se maintenir dans le droit acquis par le contrat de mariage de son père. L'instance se lia avec le plus grand éclat et l'aigreur la moins ménagée. Au commencement de la rupture, M"** de Soubise conserva