‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 63 sur 311 · MORT DU COMTE DE GR AMONT · texte numérisé non relu

MORT DU COMTE DE GR AMONT

M"® de Maintenon en étoit importunée : ils Tobligèrent donc de la céder à sa belle-sœur. Qui eût dit au Roi que cette nouvelle dame épouseroit un jour M. le comte de Toulouse, et qu'elle feroit, sous son successeur, le personnage que nous Voyons ?

Le comte de Gramont mourut à Paris, où il n'étoit presque jamais, à la fin de ce mois de janvier, à plus de quatre-vingt-six ans, ayant toujours eu, jusqu'à quatrevingt-cinq ans, upe santé parfaite et la tête entière, et encore depuis. Il étoit frère de père du maréchal de Gramont, duquel la mère étoit fille du maréchal de Roquelaure, et celle du comte de Gramont étoit sœur de Bouteville, décapité à Paris pour duels, père du maréchal-duc de Luxembourg. Il s'étoit attaché à Monsieur le Prince, qu'il suivit en Flandres, s'alla promener après en Angleterre, et y épousa M"* Hamilton, dont il étoit amoureux avec quelque éclat, et que ses frères, qui en furent scandalisés, forcèrent d'en faire sa femme malgré qu'il en eût. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit, mais de ces esprits de plaisanterie, de reparties, de finesse et de justesse à trouver le mauvais, le ridicule, le foible de chacun, de le peindre en deux coups de langue irréparables et inefifaçables, d'une . hardiesse à le faire en public, en présence et plutôt devant le Roi qu'ailleurs, sans que mérite, grandeur, faveur et places en pussent garantir hommes ni femmes quelconques. A ce métier il amusoit et il instruisoit le Roi de mille choses cruelles, avec lequel il s'étoit acquis la liberté de tout dire, jusque de ses ministres. C'étoit un chien enragé à qui rien nléchappoit.' Sa poltronnerie connue le mettoit au-dessous de toute suite de ses morsures; avec cela escroc avec impudence, et fripon au jeu à visage découvert; et joua gros toute sa vie. D'ailleurs, prenant à toutes mains, et toujours gueux, sans que les bienfaits du Roi, dont il tira toujours beaucoup d'argent, aient pu le mettre tant soit peu à son aise. Il en avoit eu pour rien le gouvernement de la Rochelle et pays d'Aunis à la mort de M. de Navailles, et l'avoit vendu depuis fort cher à

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