SON CARACTÈRE
Gacé, depuis maréchal de Matignon. Il avoit les premières entrées, et ne bougeoit de la cour. Nulle bassesse ne lui coûtoit auprès des gens qu'il avoit le plus déchirés lors* qu'il avoit besoin d'eux, prêt à recommencer dès qu'il en auroit eu ce qu'il en vouloit: ni parole ni honneur en quoi que ce fût, jusque-là qu'il faisoit mille contes plaisants de lui-même et qu'il tiroit gloire de sa turpitude, si bien qu'il l'a laissée à la postérité par des Mémoires de sa vie, qui sont entre les mains de tout le monde, et que ses plus grands ennemis n'auroierit osé publier ^ Tout enfin lui étoit permis, et il se permettoittout : il a vieilli sur ce pied-là.
J'ai parlé quelquefois de lui, et encore plus de sa femme, et j'ai raconté le compliment cruel dont il accabla le duc de Saint-Aignan, lorsque le duc de Beauvillier, son fils, fut chef du conseil royal des finances. 11 ne dit ï)as un mot moins assommant à l'archevêque de Reims, qu'il rencontra sortant du cabinet du Roi, la tête fort basse, de son audience sur l'afiFaire du moine d'Auvillé, que j'ai expliquée p. 394 * : « Monsieur l'archevêque, lui dit-il tout haut avec un air d'insulte, verha volant, mais scripta malient ;}Q suis votre serviteur. » L'archevêque brossa' et ne répondit pas un mot.
Une autre fois, le Roi, parlant d'un envoyé du nord qui étoit venu faire un compliment et quelque autre chose encore, dont il s'étoit fort mal acquitté, et qui venoit de s'en retourner, ajouta qu'il ne comprenoit pas comment on envoyoit des gens comme étoit celui-là. « Vous verrez. Sire, dit le comte de Gramont, que c'est quelque parent de ministre. » 11 n'y avoit guère de jours qu'il ne bombardât ainsi quelqu'un.
Ëtant fort mal à quatre-vingt-cinq ans, un an devant sa mort, sa femme lui parloit de Dieu. L'oubli entier dans lequel il en avoit été toute sa vie le jeta dans une étrange surprise des mystères. A la fin, se tournant vers elle :