FOIBLESSE DU ROI POUR VILLEROY
droit; je rapportai les clefs à Ghamillart, et lui dis à Toreille ce qu'il m'en sembla. Je lui en reparlai une autre fois plus à mon aise, parce que ce fut tout haut, tête à tête; et alors je connus que le Roi, tout piqué qu'il étoit contre le maréchal, ou par son ancien goût d'habitude ou par la constante protection de M"** de Maintenon, ne vouloit pas l'exposer à ce que méritoit une si étrange conduite; que par cette raison il la vouloit ignorer, et que Ghamillart en étoit lui-même si persuadé, que quelque désir qu'il eût de pousser le maréchal à bout làdessus, il n'osa l'entreprendre, quoique l'ayant si belle, ou que s'il l'hasarda*, ce fut sans succès, et qu'il cacha l'un ou l'autre sous l'apparence du mépris, que je sentis bien n'être qu'un voile à l'impuissance.
Dans cette situation, plus je les vis tous deux irréconciliables, plus je me mis en soin du duc de ViUeroy, devenu de mes amis par sa femme, dont je l'étois depuis longtemps. Je sondai Ghamillart, je leur parlai ensuite, et ce fut alors que je sus d'eux que le père avoit défendu au fils de voir le ministre. Un homme de guerre, quel qu'il fût, n'en pas voir le ministre, se rompoit le col sans ressource auprès du Roi, quelques talents et quelques services qu'il eût, et ne pouvoit espérer de continuer à servir, encore moins les récompenses ni le chemin militaire. Ils me prièrent d'en parler à Ghamillart, et de tâcher à lui faire passer cela le plus doucement qu'il me seroit possible. Je le fis deux jours après, et j'y mis tout ce qu'il me fut possible. Je trouvai un homme doux, poli, sensible aux avances, mais, sur la visite, ministre, et qui me dit nettement que si le duc de ViUeroy n'en frànchissoit le pas, il ne serviroit point. J'eus beau représenter à Ghamillart la situation du fils avec le père, la déraison et l'autorité de ce père, la délicatesse du fils, qui n'en avoit éprouvé que des duretés dans sa splendeur, à ne le pas choquer dans sa disgrâce ; rien ne put vaincre Ghamillart. Il me chargea pour le duc