POUR CHAMILLART
mon afifection ; mais il me répondit que ce qui eût été bon d'abord venoit trop tard après deux mois de retour. J'eus recours à la maréchale de Villeroy, de laquelle j'avois reçu cent fois de vives plaintes sur toute cette affaire ; je la reconnus, si éloignée de s'adoucir que je n'osai pousser mon projet. Toutefois la solide piété qui étoit en elle lui fit taire quelques réflexions ; d'elle-même elle permit à son fils de tâcher à fléchir son père : le fils n'y gagna rien ; il trouva son père plus entêté et plus furieux que jamais.
Le vrai motif de cette rage fut l'énoncé de la patente de M. de Vendôme pour aller jîommander l'armée de Flandres en sa place. Véritablement il appesantissoit la honte du maréchal, et sans nécessité, et la rendoit immortelle. Ses amis en furent avertis à temps de l'arrêter, ce qui en augmenta le bruit, et Monsieur le Grand, ami de Ghamillart, obtint de lui que cet endroit de la patente seroit réformé et changé. Elle étoit déjà scellée lorsque Chamillart l'envoya retirer du chancelier, sous prétexte que ses commis l'avoient mal dressée. Le chancelier, ami du maréchal et scandalisé pour lui, ne fit pas difficulté de la rendre, ni le commis de lui avouer que cet énoncé injurieux étoit l'ouvrage de son maître, auquel un subalterne comme lui n'eût pas osé attenter. De cette sorte fut expédiée une autre patente, sans que l'injure de la précédente pût s'effacer du cœur du maréchal, qui ne manqua pas de prétextes différents et moins humiliants pour colorer sa haine.
S'il eût su céder au temps, et embrasser de bonne grâce le sauve-l'honneur que nous avons vu le Roi lui présenter avec tant de bonté et d'affection après toutes ses fautes, il fût revenu à la cour plus puissant et plus en faveur que jamais. On a vu p. 370 * qu'au retour de sa prison de Gratz il ne tint qu'à lui d'entrer au conseil en quittant la guerre, et le salutaire conseil que lui en donna son ami le chevalier de Lorraine, et avec quel travers insensé il le