‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 102 sur 245 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

plaintes qu'il avait faites de moi, et s'ils n'y avaient point eux-mêmes quelque part. Ils lui dirent que, bien loin d'y avoir trempé, ils avaient fortement conseillé au P. Cotton de ne jamais parler à sa majesté de ces lettres , soit imaginées, soit fabriquées par un imposteur, et données sous un nom supposé, parce que, si elle ajoutait foi à ce que je lui disais dans des choses où ma religion pouvait me rendre suspect , à plus forte raison me croirait-elle par préférence à des rapports frivoles. Henri répondit : « Il fallait qu'ils « cherchassent à me faire prendre le même parti « de la modération qu'ils avaient conseillé au « P. Cotton; ne cherchant, dit-il, qu'à éloigner « toute occasion de mésintelligence entre mes « bons serviteurs dans les affaires, tant politiques « qu'ecclésiastiques. » Il leur permit, s'ils ne pouvaient réussir autrement à nous réconcilier , de rejeter sur lui-même une partie du tort.

Je me rendis de bonne grâce a un raccommodement. Après que les deux agens m'eurent assuré que le P. Cotton n'avait eu aucune volonté de m'offenser , ils me prièrent de permettre que ce père vint m'en assurer lui-même en me baisant la main. J'y consentis encore, et ils me l'amenèrent dès le lendemain. Ce père me dit qu'il était bien vrai qu'il s'était plaint d'avoir, un ennemi secret dans l'affaire du collège de Poitiers , mais

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qu'il avait été bien éloigné de penser que ce fut moi; cependant que sa majesté lavait compris ainsi, et me l'avait fait entendre de même; ainsi qu'il n'y avait qu'un simple malentendu dans cette affaire; qu'il ne laissait pas d'en être au désespoir, et qu'il n'en était que plus disposé à me rendre ses très-humbles services. Voilà comment se termina une affaire qui de part et d'autre avait fait faire bien des démarches.

C'est peut-être par une suite de cette réconciliation que le P. Richeome, de Bordeaux, me fit présenter, sur la fin de l'année, par le P. Cotton lui-même, un livre de sa composition, avec une épître dédicatoire très-flatteuse. Il y marquait que, quoique ce livre ne fût pas fort goûté de ceux de ma religion ( il s'y agissait du pèlerinage de Lorette), il n'avait pourtant fait aucune difficulté de me l'offrir, ni même douté que je ne lui fisse un accueil favorable, par le motif de mon attachement au roi , qui y était exalté dans les termes les plus magnifiques. Il y en joignait un second , qui était purement de son invention ; c'est que je me sentais, à ce qu'on lui avait assuré, une disposition à embrasser la croyance romaine qui prenait de nouvelles forces de jour en jour. Il me rappelait un autre petit présent tout semblable , qu'il m'avait fait dès l'année précédente, en m'envoyant sa Plainte apologétique des Jésuites au roi.

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