LIVRE VINGTIÈME. a
tromper, sa majesté lui rappela le conseil tenu à Blois, où je m'étais opposé à l'avis de M. le comte de Soissons, qui voulait qu'on le fît arrêter avec le maréchal de Biron. Cette particularité , que d'Épernon n'Avait jamais sue, fit un grand effet sur son esprit. « M' assurez-vous , Sire , dit-il au « roi, que M. Rosny m'a rendu ce bon office? Oui,
lui répondit ce prince, je vous en assure, et vous « pouvez me croire, car je ne suis pas menteur, « surtout dans les choses de conséquence. »
D'Epernon partit le jour même de Fontainebleau pour venir à Paris, en carrosse de relais, devant en trouver à Essone un des siens, qu'il y avait envoyé auparavant. J'avais fait la même chose, de mon côté, pour me rendre de Paris à Fontainebleau, où je venais d'être mandé par sa majesté. Nous nous rencontrâmes vis-à-vis d'une chapelle, au-dessus d'Essone. D'Épernon dit à son cocher d'arrêter, et me cria qu'il me priait qu'il pût me dire un mot. Nous mîmes pied à terre. « C'est vous « avoir eu trop long-temps une très-grande obli- <c gation, me dit-il, sans vous en avoir fait les re- « mercîmens que je vous dois. » Il m'instruisit de ce qu'il venait d'apprendre de la bouche du roi'; et dans le "transport de sa reconnaissance , il me donna toutes sortes de louanges et d'assurances d'attachement. Je lui répondis, comme je le pensais, que la circonstance dont il me parlait ne
l'obligeait à rien envers moi, parce qu'un honnête homme doit son suffrage à l'innocence , indépendamment de tout ; qu'il connaîtrait encore mieux par la suite que toutes mes intentions étaient droites dans ce qui le regardait, et meilleures que <* quelquefois il ne l'avait cru. Cette affaire nous remit si parfaitement, qu'étant sur le point de partir pour la Guienne huit jours après, d'Épernon* vint me voir , pour exiger de moi un de ces services qu'on se fait un plaisir de rendre à ses amis.
Il avait appris que Grillon était fortement sollicité de se défaire de sa charge de mestre-decamp, par des personnes qui ne l'aimaient pas, et en faveur d autres personnes qu'il n'avait pas plus de sujet d'aimer ; et comme il n'ignorait pas que Grillon faisait tout pour moi, il s'agissait de l'empêcher de se démettre, du moins jusqu'à son retour de Guienne ; ce que je lui promis. On fit entendre à sa majesté, pendant ce voyage de d'Épernon en Guienne, des choses à son désavantage, qui déterminèrent le roi à donner la mestre-de-camp à un homme qui ne fût pas aussi dévoué au duc d'Épernon que l'était Grillon. Ce ne fut pas sous cette idée' que la chose fut proposée à Grillon de la part du roi; mais, comme il^n'exefçait pas véritablement sa charge avec une grande assiduité , et qu'il 'devait faire incessamment un voyage et un assez long séjour en Provence, on lui fit en-