‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 105 sur 245 · LIVRE VINGTIÈME. !i · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME. !i

tendre que, par ces deux raisons, sa majesté souhaitait qu'il prît récompense de sa charge, et lui promettait de lui en faire trouver un hon prix. Grillon, singulier et fantasque, comme per- •/ sonne ne l'a jamais été, et déjà un peu frappé d'à- , liénation d'esprit, ne fit que branler la tète, sans rien répondre, les trois premières fois qu'on lui proposa l'intention du roi. Il s'imagina, ensuite que c'était peut-être moi-même que sa majesté avait en vue pour succéder à son emploi , et il me le demanda, en me faisant beaucoup d'offres de service, dans une visite d'adieu qu'il vint me rendre. J'eus de la peine à lui ôter cette idée de la tète. Je fus obligé de lui dire que je ne l'accepterais pas, quand on me la donnerait pour rien. « Quoi donc! « reprit-il aussitôt, vous n'estimez pas la charge « de Grillon digne de vous? Arnidieu! mon grandie maître, vous êtes un glorieux; ayant passé par « mes mains, elle est digne du plus huppé de tous « les courtisans. Je sais bien , lui répliquai-je, qu'un « Grillon vaut mille Rosny; mais d'autres raisons « m'empêchent d'y penser. Oh bien! c'est assez . w dit-il. De lui-même il s'engagea à ne s'en défaire que lorsque je le lui conseillerais, et qu'en .des mains qui me seraient agréables ; et il ne fit plus que se moquer de toutes les propositions que de là en. avant on vint lui faire à ce sujet.

Le roi fut obligé de lui parler lui-même. Il l'en*

voya chercher, et ne fit que lui répéter les mêmes choses, sur l'incompatibilité de sa charge avec le séjour qu'il voulait faire dans son pays natal, excepté qu'il y ajouta mille choses obligeantes et polies, sur la valeur et les bons services deGrillo a A ce que je vois, Sire, répondit Grillon, vous « voulez que je me retire de votre service, et que « je devienne tout papault; car, comme vous sait vez, je suis né sujet du pape. Ah! non, Grillon, « reprit sa majesté , ce n'est point là mon inten- « tion ; » et elle revint encore à de nouvelles raisons, tirées de la nature de l'emploi de Grillon. « C'est « donc à bon escient , Sire, lui dit encore Grillon, « que vous voulez que je me défasse de ma charge ; a et moi, arnidieu ! parce que vous le voulez, je « ne le veux pas, du moins que pour celui à qui « j'en ai parlé. »

Ces paroles n'étaient pas d'un esprit bien sensé. 11 se retira tout en colère. Le roi, qui connaissait son humeur, n'en fit que rire; il prit même la résolution de ne plus lui en parler, tant ce prince était éloigné de tout ce qui pouvait avoir l'air de violence à l'égard de ceux qui l'avaient bien servi. Mais ayant conté la boutade de Grillon devant Roquelaure, Zamet, Piles, Fortia et quelques autres capitaines du régiment des gardes, quelqu'un dit qu'il, n'y avait que deux moyens de rendre Grillon trai table, d'y employer d'Épernon,

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