LIVRE VINGTIÈME. nfy
et de lui dire que c'était pour moi et en mon nom qu'on lui demandait sa charge. Le roi dit que ce ne serait jamais à la prière du duc d'Épernon qu'il disposerait de la mestre-de-camp ; que je ne lui ferais pas non plus plaisir de la prendre , mais qu'il croyait que je ne lui refuserais pas de prier Grillon de la céder au sujet qu'il avait en vue. Sa majesté ne le nomma point. Elle ajouta seulement qu'il en était aussi digne par sa capacité qu'en état par ses richesses de donner une bonne récompense à Grillon , et de tenir tète à d'Épernon. Henri s'adressant ensuite à Piles , à Fortia et à Zamet , leur dit de venir me faire cette ouverture, comme d'une chose qui lui serait fort agréable, et sans me dire qu'ils avaient eu ordre de ce prince de m'en parler.
Je ne répondis d'abord rien autre chose à ces messieurs sinon que j'avais des raisons de ne point me mêler de cette affaire ; et comme ils me pressaient de les leur dire, je leur appris avec ma sincérité ordinaire la parole qui me liait avec le duc d'Épernon, et qui était, pour ainsi dire, le gage de notre réconciliation. Lorsqu'on rapporta ces paroles au roi, il se sentit atteint, comme il me l'a dit depuis , d'un si violent mouvement de colère , qu'if ne se souvenait pas , disait-il, de m'avoir jamais tant voulu de mal. On en trouverait sans doute le sujet bien léger, si je
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ne disais pas en même temps que ce fut dans cette année , et précisément dans ce temps-là , que mes ennemis venaient de frapper contre moi le plus grand coup qu'ils m'aient jamais porté, et qui me mit véritablement à deux doigts de ma perte , ou du moins de ma disgrâce ; c'est où j'ai d'abord voulu venir. Libelles, lettres, avis, discours empoisonnés, calomnies atroces, tout ce que l'envie peut suggérer de plus injurieux et de plus noir venait d'être mis en usage, et l'était encore tous les jours contre moi. Je particulariserai tout cela dans un moment ; il suffit pour le présent de dire que le poison avait été si habilement et si subtilement apprêté , que, quoique prévenu de long-temps contre la méchanceté de mes envieux, le roi n'avait pu s'empêcher d'y prêter l'oreille, d'où il était à la fin passé jusque dans son cœur.
Je n'emploierai point ici le style ordinaire de ceux qui ont passé par de semblables épreuves. Lorsqu'ils se récrient avec tant de véhémence contre l'injustice et l'ingratitude des princes à leur égard , je trouve que toute cette déclamation marque en eux bien de la vanité, ou bien peu de connaissance du cœur humain. Pour qu'aucun des coups qu'on porte contre Tes absens ne soit perdu, il suffit d'avoir trouvé le moyen de l'ouvrir à la défiance ; et cette défiance , par combien de rai-