LIVRE 1>1X-SEPTIEME
suite, qu'il m'assura être encore plus Français d'inclination que de nom, vînt me baiser les mains. Je répondis à La Varenne qu'il savait bien que tout le monde était bien reçu cbez moi, et que les ecclésiastiques en particulier ne s'étaient jamais aperçus de ma religion que par le devoir que je croyais qu'elle m'imposait de les mieux traiter encore; sans tout cela, que le caractère dont il me dépeignait ce jésuite lui répondait qu'il ne serait point refusé à ma porte. Ce jésuite français était le P. Cotton, qu'il m'amena dès le jour suivant , comme je sortais pour donner mon audience ordinaire après le dîner. J'en fus abordé avec toutes les démonstrations possibles de vénération et de respect. Il n'y eut sorte de louanges et de flatteries dont il ne m'accablât sur mon esprit , sur mes services , et aussi sur la protection quVwi; lui avait assuré , disait-il , que j'étais disposé à accorder à sa société. Il entremêlait de fréquentes et profondes inclinations les assurances réitérées qu'il me faisait de reconnaissance , de dévouement et d'obéissance. Je ne demeurai pas en reste de complimens et de cérémonies. Je m'étudiai à ne rien omettre de tout ce que je jugeai convenir à la personne et aux circonstances présentes.
Le lendemain, le conseil, toujours composé des mêmes personnes, se rassembla pour la se-
Di
conde fois. Jamais affaire ne fut si promptement expédiée. Sans me jeter dans un grand étalage de vaines raisons , je dis succinctement que la conjoncture présente requérait que les jésuites fussent rétablis en France. On exigea d'eux le serment qu'ils prendraient tous les sentimens de bons compatriotes , et qu'ils n'éliraient point de provincial qui ne fût Français. Ils jurèrent , et tout le passé fut mis en oubli. Je n'ajouterai rien de plus , sinon que je me tins enveloppé pendant tout ce temps-là , et que je me conduisis avec une extrême circonspection , soit par rapport à cette affaire, soit à l'égard du sentiment du P. Molina sur la grâce, qui fut rendu public cette année, soit enfin sur quelques propositions de trois jésuites, dont le pour et le contre furent débattus avec beaucoup de chaleur, et surtout celle-ci: qu'il n'est point de foi que le pape-soit le successeur de saint Pierre ; et que la confession peut se faire par lettres. Les jésuites sentirent en cette occasion le besoin qu'ils avaient déjà que l'autorité royale intervînt en leur faveur. Si on les avait livrés au parlement, à la Sorbonne, aux universités et au plus grand nombre des évêques et des villes du royaume , leur doctrine n'y aurait pas jeté de profondes racines ; mais le roi n'abandonna pas ses nouvelles créatures. Il leur donna même, à la sollicitation de La Varenne , son châ-