LIVRE DIX-SEPTIÈME. s
teau de la Flèche, où ils eurent bientôt un beau collège.
Le rétablissement des jésuites fut un vrai triomphe pour Villeroi, Jeannin, du Perron, et sur* tout pour d'Ossat, qui ne les avait point oubliés à Rome , où il résidait toujours pour les affaires de sa majesté. C'est ici le lieu de parler du mémoire qui m,e fut adressé d'Italie contre cet ecclésiastique , et dont on vient de voir que j'avais déjà entretenu sa majesté.
Ce prince était allé passer quelques jours du mois d'avril à Chantilly , dont l'air pur, le séjour agréable, la chasse commode, joints aux autres délassemens de la campagne , parurent à ses médecins nécessaires pour sa santé. Sur quelques lettres que je lui écrivis , et dans lesquelles je ne pus me dispenser de lui marquer que son absence laissait indécises un grand nombre d'affaires , il revint incontinent à Paris, quelque chose que pussent faire ses médecins pour l'arrêter. Il se souvint , le soir même de son arrivée , du mémoire en question , et me le demanda ; il ne faisait que me prévenir, mon dessein étant de le lui montrer ce jour-là. Je le tirai d'entre mon habit et ma camisole, et je le lui laissai examiner à loisir. Je n'y avais rien changé ni rien ajouté , excepté peutêtre quelques réflexions dont cet écrit n'avait pas
et toutes les maximes ultramontaines. On chargeait les jésuites du soin de serrer les nœuds de cette union , dont le fondement devait être le ma-
besoin , pour attirer contre celui qui en était l'objet toute l'indignation de sa majesté.
L'auteur de ce mémoire , qui avait eu ses raisons pour n'y faire paraître ni son nom ni celui de la personne à laquelle il l'adressait, s'attachait à Caire voir que d'Ossat avait prévariqué dans tous les points de sa commission , et qu'il ne s'en était chargé que pour amener les choses au point d'obliger le roi à entrer dans les vues des catholiques ligueurs de son conseil , dont il était l'instrument, et à embrasser un plan de politique tout différent de celui qu'on lui voyait suivre. Ce nouveau plan, où l'on découvrait encore l'esprit de la Ligue, qui lui avait donné naissance , consistait à unir la France d'intérêt et d'amitié avec le pape, l'Espagne, les archiducs et la Savoie, contre les puissances protestantes de l'Europe en général, et contre les réformés de ce royaume en particulier; à faire concourir Henri avec le pape, pour mettre un roi catholique sur le trône de la Grande- Bretagne; à lui faire abandonner la protection des Provinces-Unies; employer son autorité à soumettre tout au concile de Trente ; en un mot , à