LIVRE VfNGTlÈME. llfj
quillement que je n'aurais fait l'issue d'une affaire si mêlée , et sans rien déranger soit dans ma façon de me comporter à Paris, soit dans les courts 4 voyages que je faisais de temps en temps à Fontabnebleau comme auparavant. Tous mes amis ne comprenaient rien à cette tranquillité, et ils n'en étaient pas capables eux-mêmes, quoique si peu alarmés sur mon crime prétendu , qu'ils m'auraient > tous volontiers servi de caution. Ils paraissaient . surpris des procédés de sa majesté à mon égard ; ils ne pouvaient s'en taîre à la cour; et peut-être taxaient-ils secrètement ce prince d'injustice. Tous les bons offices de véritables amis et de parcns affectionnés, je les ai reçus en cette occasion de la maison de Lorraine.
Enfin ce que /avais toujours espéré ra'arriva; c'est que le roi, voyant que rien de tout ce qu'on avait avancé contre moi ne se vérifiait, commença à craindre d?avotr été un peu trop vite. Il s'arrêta sur mes services passés, sur mà conduite présente et sur ma lettre ; il fut frappé de tout cela , et souhaita de retenir ce qui lui était échappé, ne trouvant rien de si juste que la prière que je lui avais faite, de s'éclaircir du moins avant que de me condamner. Un jour que j'étais à Fontainebleau, il m'envoya, sous prétexte de quelques affaires, La Varenne, d'Escure et Béringhen, croyant que j'allais leur faire confidence de toutes
mes peines; excepté sur les affaires, je ne leur dis pas un seul mot. Villeroi et Sillery vinrent ensuite de la même part , et à même intention ; je le connus lorsque je vis qu'ils n'avaient à me ^ parler que d'une affaire de si peu de conséquence, qu'elle ne valait pas la peine qu'ils se donnaient ; c'était une dépêche d'Ancel 1 , qui faisait les affaires de France à Vienne. Je les traitai comme les précédens. Ils avaient ordre d'avancer et de ^ me tirer, à quelque prix que ce fûtr l'aveu de mes sentimens sur le traitement que je recevais de sa majesté. On va juger s'ils s'acquittaient de leur commission loyalement et en bons pacifica-^ teurs. Laissant là les affaires, ils firent tomber la conversation sur la difficulté qu'il y a à servir les princes à leur gré , sur les déboires auxquels on est de temps en temps exposé , et sur la peine que fait une calomnie à un homme d'honneur. Ils firent entendre ensuite plus clairement qu'un ministre n'était pas à couvert de tout cela sous le roi régnant
Je voyais bien qu'en parlant ainsi , ces deux messieurs exécutaient , à la vérité , l'ordre qu'ils avaient. reçu, mais avec un mélange de leur part qui supposait en eux une grande envie de trouver l'occasion de réaliser mon crime prétendu en fai-
* Guillaume Ajicel, maîtrc-<rhôtel chez le roi, résident à Vienne.