LIVRE VINGTIÈME
sant leur rapport à sa majesté. Parler comme eux eût été une insolence, et se taire, une fierté criminelle. Je répondis tout doucement que je ne
4 doutais pas qu'il n'y eût des princes tels qu'ils venaient de le dire ; mais que le roi était un prince trop bon et trop juste pour traiter de la sorte des serviteurs qui auraient toujours vécu sans reproche, comme, par exemple, je croyais
^ l'avoir fait; que j'en étais si bien persuadé, que, quand même je l'aurais entendu de sa propre bouche, je croirais encore que sa langue aurait trompé son cœur. Il y avait dans ces paroles de quoi bien déconcerter ces malintentionnés commissionnaires. Ils eurent recours à d'autres tours pour tâcher de m'arracher quelques paroles d'aigreur et de dédain; et voyant qu'ils ne pouvaient en venir à bout , ils s'en retournèrent rapporter à sa majesté, non ce que j'avais dit, mais que je n'avais rien dit du tout , et que je m'étais si bien observé, que, quelque chose qu'ils eussent pu faire , contre ma coutume , je n'avais pas daigné proférer une seule parole. Qu'on juge par là de ce que ces deux messieurs auraient dit et fait ;si je leuravais donné le moindre jour à m'entamer. Le reste de cette journée , je ne vis que de pareils messagers ; mais j'étais bien résolu de n'en point parler au roi lui-même , s'il ne m'en parlait le* premier , et afin qu'il ne vît aucun changement dans
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ma manière d'agir, je me disposai à repartir le lendemain matin pour Paris , comme je le lui avais dit la veille. * : \r;
J'allai me présenter à sa majesté pour recevoir ses ordres selon ma coutume. Je le trouvai au milieu des courtisans qui étaient venus à son lever, se faisant botter dans son cabinet pour aller à ta criasse. Sitôt qu'il me vit entrer, il se leva à demi de dessus sa cbaise , ayant un pied chaussé, m'ôft le chapeau, et me dit bonjour, en m'appelanf. monsieur, tous signes équivoques d'un esprit fâché ou embarrassé , ses termes ordinaires étaient mon ami Rosny, ou grand-mattre ; maïs
traction avec laquelle je lui vis frapper l'un contre l'autre ses petits rouleaux d'ivoire fit que je ne me mépris point lorsque je jugeai qu'il n'y avait nulle colère dans son action. Je lui fis dfe mon côté une inclination beaucoup plus profonde que de coutume , ce qu'il m'a dit depuis Favoir si fort
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le moment même se jeter à mon cou. Il demeura quelques instans dans la même rêverie, puis dit à Béringhen qu'il ne faisait pas assez beau pour aller à la chasse, et qu'il le débottât. Béringhen, surpris de ce changement si prompt, lui ayant répondu, un peu imprudemment, qu'il faisait fort beau : « Non fait, répliqua Henri avec un mou- « vernen t d'impatience, il ne fait pas beau temps,