‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 116 sur 245 · LIVRE VINGTIÈME. a · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME. a

; le maniement de tous ses deniers, l'usage de toute son autorité, et l'administration de toutes ses affaires, sans m associer du moins des personnes qui éclairassent de près ma conduite.

Pendant cette lecture, Henri m'observait atten-

-tivement. Comme il vit que j'avais lu le mémoire / tout entier, comme j'aurais lu l'écrit le plus indifférent, sans dire un seul mot, sans montrer d'émotion , sans même changer de couleur : « Hé a tyen ! que vous en semble ? me dit-il. Mais vous- « même, Sire, lui répondis-je, quelle opinion en a avez-vous, vous qui les avez lus et relus, et si « long- temps gardés? car, pour moi $ je ne suis pas « si surpris de toutes ces pièces, qui ne sont en « effet que des niaiseries de gens sots et méchans, « comme je suis de voir qu'un aussi grand roi , si « rempli de jugement, de courage et de bonté, et « qui m'a si bien connu , ait pu avoir la patience « de les lire et de les garder si long-temps , de me « les faire lire tout au long, et en sa présence, et « d'entendre tenir tous les mêmes discours qu'ils « renferment, sans du moins témoigner par sa coït 1ère la violence qu'il se faisait en les entendant, « et faire rechercher les auteurs pour les châtier « sévèrement. »

Après avoir ainsi parlé au roi , je fis réflexion que je travaillerais plus efficacement à lui rendre la tranquillité et tous ses premiers sentimens pour

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moi, en répondant directement et en détail à chacun des chefs d'accusation de mes ennemis, et que je lui en avais donné ma parole. Je m'attachai pour cela à chacun des articles du libelle de Juvigny même, que j'avais encore dans les mains. Tous ces calomniateurs, qui n'osent attaquer à découvert , afin de ne pouvoir être pris à partie sur les preuves, ne sont dignes que de mépris; c'est la remarque que je commençai par faire à sa majesté. J'opposai aux discours présompteux et peu avantageux pour elle, qu'on me faisait tenir au sujet du gouvernement , les paroles que j'avais si souvent à la bouche, par lesquelles je proposa1 ° ce prince pour modèle des grands princes et des bons rois. Les exemples des ministres révoltés et des favoris ingrats ne peuvent rien pour établir l'infidélité d'un homme qui ne s'est étudié dans cette place, comme je croyais l'avoir fait, qu'à perfectionner ce qu'un sang assez illustre avait déjà mis d'heureuses dispositions en lui. Je défiai qu'on pût jamais citer une seule personne, soit ami, soit parent, que j'eusse gratifiée sans une raison légitime , et , de plus , sans un ordre particulier de sa majesté. J'appelai de ces imputations si gratuites de dessein de révoltes et de guerres civiles, à la connaissance qu'avait Henri de mon amour pour ma patrie, de mon attachement à sa personne, du soin de mon honneur et de ma

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