LIVRE VINGTIEME. 2Ô
réputation, et des obstacles qu'en toute occasion j'avais apportés aux méchans desseins des protestans, jusqu'à me charger de toute leur
Mais encore, quel profit me serait-il revenu de f ces entreprises chimériques, que je ne trouvasse pas actuellement dans le plus grand et le plus ho- 0 norable de tous les établissemens auxquels un su-
jet peut aspirer? Quel eût pu être mon but? de me mettre la couronne sur la tête? on ne m'accusait pas d'être jusqu'à ce point dépourvu de jugement. De la transporter hors la famille royale? quand il aurait été en mon pouvoir d'en disposer, de qui aurais-je pu faire choix, que de la personne même de celui à qui j'avais consacré tout mon travail et mon service, et sacrifié depuis trente ans mon sang et ma vie? Pourquoi, si cela était, ne m'occupai-je encore que du soin de sa gloire , dans ces desseins si nobles dont j'étais, sinon l'auteur, du moins seul participant et seul promoteur? En ,lui ménageant toutes ces alliances avec l'Angleterre et les autres puissances de l'Europe, n'aurais-je pas agi directement contre moi-même, si j'avais eu des desseins préjudiciables à sa couronne ou à sa personne? Comment les ambitieux ont-ils travaillé à la ruine des états et causé les révolutions? N'est-ce pas en nourrissant dans l'esprit de leur maître le penchant à la mollesse , aux plat-
sirs, à la prodigalité, en lui faisant violer toute» les lois, négliger tout ordre, et jeter dans la con* fusion toutes les parties de l'état? au lieu quç j'entretenais sans cesse sa majesté de l'état de ses affaires ; je lui montrais l'usage et la destination de tout ; je lui faisais pousser Tordre et l'écono^ ^" mie, jusqu'à lui reprocher mutile ; je lui amassais de#J ^ ses magasins et ses arsenaux ; je lui montrais combien tout cela allait le rendre redoutable à l'Europe. Est-ce là comme on s'y prend pour saper sourdement, comme font les sujets rebelles, tous les fondémens de la puissance du souverain ? Lft conduite des ministres est toujours équiv< par quelque endroit ; je puis dire qu'il n'y avait qu'à gagner pour moi, en approfondissant la mienne.
Il ne me fut pas difficile de voir que sa majesté sentait toute la force de ce que je venais de lui dire. Je finis en la suppliant avec les instances les plus vives de croire que je ne lui avais rien caché ni déguisé de tous les sentimens de mon cœur; je le lui confirmai par ces sermens redoutables, quelle savait bien que je n'avais jamais faits en vain , et en l'appelant de ces noms qui avaient été de itout temps l'expression de ce que je sentais de zèle et d'attachement pour ce prince. Je voulais embrasser ses genoux ; mais il ne le souffrit pas ,