‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 118 sur 245 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

afin que ceux qui auraient vu de loin cette posture ne pussent pas croire que j'y avais eu recours pour obtenir le pardon d'un crime réel. Il me dit que rien ne manquait dans son esprit à ma justification ; qu'il se repentait véritablement d'avoir été si crédule, et qu'il ne se souviendrait £ fde tout ce qui s'était passé que pour mieux sen- J* tir l'obligation où il était de m'en aimer davantage. C'est ainsi que se passa un entretien si nécessaire à la consolation de tous deux.

: :Ceux qui connaissent ce que c'est que la cour jugeront sans peine de tous les mouvemens qui agitaient le cœur des courtisans pendant une conversation qui avait duré plus de quatre heures, et avec quelle attention nos actions et nos gestes étaient observés; car, quoiqu'ils ne pussent point entendre nos paroles, il leur était cependant facile d'en connaître le sujet. La maniéré dont Henri m'avait reçu le matin , et ensuite fait rappeler, la précaution qu'il avait prise en commençant à ra'enr tretenir, les papiers qui avaient été tirés, l'air de vivacité et de feu qui se faisait apercevoir dans notre démarche et dans toutes nos situations, suffisaient de reste pour les en instruire. Chacun attendait, suivant ses craintes et ses espérances, quel allait être le résultat d'un éclaircissement si

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Henri voulut le leur apprendre lui-même. Après

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qu'il eût repris ses papiers, bien résolu de les jeter tous au feu, il sortit de l'allée des mûriers, en me tenant par la main, et demanda à tout ce monde assemblé quelle heure il était. On lui ré- î pondit qu'il était près d'une heure après midi, et qu'il avait été fort long-temps. « Je vois ce que. « c'est , dit ce prince d'un ton qui fit pâlir bien « des visages , il y en a auxquels il a plus ennuyé « qu'à moi. Afin de les consoler, je veux bien vous'Av « dire à tous que j'aime Rosny plus que jamais, « et qu'entre lui et moi, c'est à la mort et à la vie; « et vous, mon ami, poursuivit-il, allez- vous-en « dîner, et m'aimez et servez, comme vous avez a toujours fait, car j'en suis content. » Bien d'autres en ma place n'auraient plus songé, après cela, qu'à tirer vengeance' de tous ceux que sa majesté venait de me faire connaître pour mes ennemis. Je rends grâces au ciel de ce que je n'ai pas même le reproche à me faire d'y avoir seulement songé. J'ai soigneusement caché leurs noms à mes secrétaires, et on ne les verra point ici. Je supprime de même une partie de ce qui se dit entre le roi et moi de peu avantageux pour eux. L'exemple qu'ils

• Le sieur de Juvigny ou Duvigny, gentilhomme français, auteur du mémoire dont il vient d'être parlé, paya pour tous. « Il fut poursuivi, disent les mémoires de Lli,toile, en sa vie « et en ses biens, comme crimiueux de lèse-majesté, et pendu « en effigie à Paris, faute de l'original. »

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