LIVRE VINGTIEME
m'ont donné du contraire ne détruira point l'opinion où je suis, que cette sorte de vengeance n'est pas digne d'un grand cœur.
Pour ne laisser aucune inquiétude au roi sur l'incident, au sujet duquel je suis entré dans le détail de ce grand démêlé , je maniai l'esprit de Grillon , de manière qu'il consentit enfin à recevoir pour sa charge trente mille écus de Créquy , auquel, en considération de Lesdiguières, sa majesté avait donné son agrément 1 ; ce qui m'attira des remercîmens du beau-père et du gendre. Créquy vint me les faire en personne, et il les accompagna de mille assurances de reconnaissance et d'attachement. Lesdiguières m'écrivit deGrenoble, et renchérit encore sur les termes dont Créquy s'était servi. La parenté qui était entre nous se joignant à ce nouveau motif, il n'y a personne qui ne s'attende de nous voir après cela intimement amis ; cependant personne ne m'a aussi facilement abandonné, ni rendu de plus mauvais
1 Henri IV, quoique très-mécontent du duc d'Épernon, qui s était retiré à Angoulême, et avait fait de grandes plaintes de l'injustice prétendue que lui faisait ce prince en cette occasion, voulut pourtant que Créquy allât trouver son colonel à cent lieues de Paris, pour prêter le serment entre ses mains, prendre son attache pour ses provisions, et recevoir ses ordres pour son installation. Le duc d'Épernon le fit languir quelques jours à sa suite, et le fit même demeurer un jour entier à la porte de sa chambre. Histoire du duc d'Epernon, p. a 12 .
office, après la mort de Henri, que ces deux hommes. La reconnaissance n'est pas une verta. de courtisan.
Le cœur de Henri ayant pu être entamé une fois , il n était pas impossible d'y rouvrir la même blessure ; c'est tout ce qui soutint mes ennemis ' J| dans le désespoir que leur causa l'aventure de Fontainebleau. Us ne tardèrent pas à revenir à la charge, et (je n'ose presque le dire) il s'en fallut bien peu qu'ils ne remissent le roi dans l'état d'où je venais de le tirer f . Mais la chose n'écl;
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» <• Le roi, dit Le Grain, liv. 7, avançait le duc de Sully, en « sorte qu'il retenait toujours une grande autorité sur lui; c « qui sait si ce n'était point un trait de prudence, de l'exposer « ainsi par le roi à la haine de plusieurs desquels il le pouvait « bien défendre, afin de lui en faire appréhender les effets, n s'il forlignait à son devoir? » Cet endroit de nos mémoires paraît présenter d'abord de quoi favoriser eette eonjecture. Je trouve néanmoins plus juste le sentiment de ceux qui ne voient de la part de Henri IV aucun artifice dans les soupçons auxquels il se livrait contre le duc de Sully. Mais qu'ils soient feints ou véritables, je trouve encore, après beaucoup de per sonnes judicieuses, qu'il faut les mettre au nombre des défauts de ce prince. Dans la première supposition, on n'y voit qu'une finesse indigne d'un grand prince; et dans la seconde, une injustice à laquelle on ne saurait donner pour excuse la vivacité d'un premier mouvement, y ayant eu comme une convention entre le prince et le ministre, que le premier passerait tout à celui-ci, du coté du caractère d'esprit ferme, inflexible, incapable de plier, ni de flatter, en faveur d'une fidélité décidée par tant d'épreuves. Cela marque bien qu'auprès des princes