LIVRE VINGTIÈME. 27 I
pas à beaucoup près comme avait fait la pre- * mière , parce que l'éclaircissement suivit d'assez près. Je ne ferais ici qu'une inutile répétition ; c'est ce qui fait que je ne m'y arrête point. Si mes envieux goûtaient de temps en temps le plaisir de pouvoir se flatter que je succomberais sous leurs efforts , ils ne tardaient pas à être détrompés / avec autant de honte que de rage ; et si de mon côté j'avais été homme à me plaire à de pareilles victoires , cette dernière ne fut pas moins conique l'autre. Le lendemain du jour où elle ûva , et c'était encore à Fontainebleau que se fit cette explication , le roi m'envoya chercher de grand matin; et , en méprenant par la main, lors* que j'entrai dans sa chambre, pour me tirer vers la croisée qui doune sur le jardin de la reine , parce qu'il avait à me parler secrètement , il me dit fort haut en présence de toute la cour qui était assemblée : « Mon ami , vous ne sauriez croire « comme j'ai dormi d'un bon somme toute cette « nuit , pour m'ètre ainsi éclairci et déchargé le « cœur avec vous. » Il me demanda si je ne sentais pas intérieurement la même satisfaction. Je le lui assurai , et qu'il trouverait toujours en moi la
même fidélité. m. .m f.;» * '•■«S^^'fcv!^ ,o
même les plus parfaits, l'accomplissement des devoirs les plus essentiels ne dispense point de la souplesse, ni de la complaisance.
Au milieu d'une faveur si traversée , faisait voir que le cœur de Henri était toujours pour moi , c'est que , dans quelque disposition qu'on l'eût mis par rapport à moi , il n'interrompit jamais le cours des bienfaits qu'il avait coutume de répandre sur moi et sur les miens. J'en eus des preuves parmi les orages mêmes dont j'ai parlé au sujet de ma fille aînée J'étais en parole , avec les Fervaques , pour le jeune Laval , que sa : majesté m'avait ordonné , comme je l'ai dit plus haut , de préférer au duc de Rohan , et la chose était sur le point de s'accomplir. Un jour que je me promenais avec ce prince sur la terrasse des Capucins , au commencement de cette année , il
* Marguerite de Béthune. C'est elle qui , pour se venger de sa fille unique, qui avait épousé, contre sa volonté , Henri de Chabot, produisit en i645 un garçon de quinze ans, comme vrai fils d'elle et du duc de Rohan, mort sept ans auparavant. « Plusieurs personnes dignes de foi, dit Amelot, qui ont vu « Tancrède (c'est le nom de ce prétendu héritier de la maison « de Rohan) à Paris, lors du procès, m'ont assuré que ce jeune « homme avait le toupet des Rohan, c'est-à-dire un petit bou- « quet de cheveux sur le devant de la tête , et des traits rea marquables du visage de son père putatif. » A cette anecdote en tient une autre , par laquelle on prétend que le duc de Rohan ivait voulu acheter du grand- seigneur le royaume de Chypre , et le donner à cet enfant. On disait encore que son père et sa mère ne l'avaient tenu caché que pour faire épouser à leur fille le comte de Soissons, et ensuite le duc de Veymar. Voyez ces curieuses fables dans Amelot de La Houssaye, art. Béthune, etc., et art. Chypre.