‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 13 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME

riage des enfans de France et d'Espagne , et le premier fruit , le détrônement du roi Jacques.

L'auteur , pour prouver qu'il n'avançait pas des accusations si graves en vain déclamateur, les justifiait par les lettres mêmes de d'Ossat , tant celles dont j'ai parlé ci-devant que plusieurs autres qu'il avait ramassées. Par ses discours , soit pu- 9 blics dans Rome , soit particuliers à mon frère , ambassadeur dans cette cour, et à d'autres, il dévoilait le mystère de ces difficultés presque insurmontables, rencontrées auprès du saint père sur l'absolution du roi et sur le mariage de Madame. Il montrait qu'elles étaient venues de d'Ossat luimême , qui , pendant ce temps- là , pour abuser plus impunément de la confiance de son maître , et pour prévenir les reproches qu'il avait sujet d'en appréhender, lui faisait entendre qu'il était indispensablement obligé de faire croire à Rome que sa majesté était dans tous ces sentimens , et qu'il n'était pas médiocrement embarrassé à étouffer les bruits qui de temps en temps se répandaient du contraire.

Il y a certainement en tout ceci un grand raffinement de la part de d'Ossat. Il n'y en avait guère moins dans les instigations qu'il faisait sous main au roi , que l'Espagne n'avait à son égard que des vues toutes pacifiques , et que le pape était prêt à s'en rendre caution. Tout cela est si positif,

et appuyé par l'auteur sur de si fortes preuves , qu'il se fait croire malgré la passion et la haine , qu'on ne peut disconvenir qui n'éclatent de toutes parts dans cette pièce contre d'Ossat. On lui reproche de trancher du grand politique, et de l'homme d'état, lorsqu'il devrait rougir de son ignorance et de son incapacité; et l'on ne veut reconnaître dans cet ecclésiastique, avant qu'il fut élevé à la pourpre, qu'un pédant et un valet qui doit tous les différens degrés de sa fortune à la bassesse de ramper auprès de Villeroi, et de servir en esclave l'aversion des autres catholiques ligueurs contre les réformés. L'auteur, en finissant ce mémoire , conjure celui entre les mains duquel

1 On convient qu'il était de la plus basse extraction. Les uns le font (ils d'un opérateur, les autres bâtard du seigneur de Cassanabère, et d'autres, ce qui paraît mieux fondé, fils d'un maréchal ferrant, du diocèse d^uch. Il fut précepteur du jeune seigneur de Casteluau-Magnoac ; ensuite il alla à Rome en qualité de secrétaire de Paul de Foix, et y devint secrétaire du cardinal Louis d'Est, protecteur des affaires de Fiance. Il fut encore envoyé de sa majesté à Florence, ambassadeur à Venise, à Rome, etc. L'évêché de Rennes lui fut conféré en 1596, et en 1600, celui de Bayeux, dont Rosny (ui obtint auprès de Henri IV la permission de se démettre. Il avait dessein de passer le reste de ses jours à Rome, comme en effet il y mourut, le i3 mars 1604 , un mois après la mort de la duchesse de Bar, âgé de soixante-huit ans. Sa dernière lettre est celle qu'il écrivit à M. de Villeroi six mois avant sa mort.

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