LIVRE VINGTIEME. ifi
me, remit encore sur cette matière. Il m'apprit que les raisons pour lesquelles il avait d'abord donné l'exclusion au duc de Rohan, c'est qu'il avait été proposé par Madame , sa sœur , à la duchesse de Rohan , et accepté par mon épouse , sans qu'il en eût été informé; et que d'ailleurs M. et madame de Fervaques l'avaient tellement sollicité en faveur de Laval, qu'ils l'avaient engagé à me le donner pour gendre plutôt que le duc de Rohan , qui, à la vérité, n'était pas à beaucoup près aussi riche , mais qui avait l'honneur d'être son parent si proche , que , s'il était mort sans enfans , comme cela était déjà arrivé à la princesse sa sœur , le duc de Rohan aurait été son héritier pour le royaume de Navarre , et les autres biens des maisons d'Albret , de Foix et d'Armagnac. Il me dit ensuite que , pour d'autres raisons qu'il me communiquerait, il avait encore une fois changé de sentiment ; que son intention était que je rompisse honnêtement avec les Fervaques ; qu'il les y avait déjà disposés ; que je retirasse les promesses et les articles dont nous étions convenus , de manière qu'il parût dans le monde que c'était véritablement moi qui rompais avec eux , et qu'ils n'eussent pas sujet de dire qu'ils avaient refusé mon alliance ; qu'il m'amènerait lui-même le duc de Rohan me faire son compliment avec Ja duchesse* sa mère; que je le reçusse comme celui iv. 18
qui devait être mon gendre dans trois jours, ayant lui-même tout réglé pour ce sujet ; qu'il ferait faire le contrat en sa présence , et qu'il le signerait comme parent des deux côtés.
Je remerciai sa majesté de l'intérêt qu'elle Voulait bien prendre à ma famille , et de l'honneur qu'elle me faisait. Tout fut exécuté de la manière que je viens de dire , et le roi donna au marié , pour l'habit et le festin de noces , dix mille écus , et autant à ma fille. J'avais marié l'année précédente mademoiselle du Marais , fille de mon épouse , de son premier mariage , avec La Boulaye , fils de celui que Henri avait fort aimé. Elle ne devait s'attendre naturellement à d'autre gratification de la part de sa majesté qu'à celle qu'elle faisait ordinairement à toutes les filles de la reine sous le nom de robe de noces , et qui âvait été réglée à deux mille écus. Henri l'augmenta jusqu'à cinq mille pour ma belle-fille ; et afin que cette somme ne tirât point à conséquence pour les autres, ce prince me manda de Sàint- Germain-en-Laye qu'il fallait l'employer dans un
it assez ordinairement qu'après que sa
majesté avait apuré les états de ses fortifications et bâtimens , elle me disait en présence des officiers employés pour ces parties , qu'on appelait pour leur communiquer ce qu'il y avait à faire