‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 14 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIÈME. JK · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME. JK

il doit tomber de le faire passer dans celles de sa majesté.

Mettant à part tout ce qu'il peut y avoir d'outré dans cet écrit , qu'on voit bien venir d'un ennemi déclaré , il sera toujours vrai que d'Ossat ne saurait parer le reproche d'ingrat et de calomniateur par rapport à son souverain et à son bienfaiteur, et qu'il laisse même, sans y penser, à la postérité tous les moyens de le convaincre de ces deux vices, dans les lettres que sa vanité lui a fait imprimer, lorsqu'il y traduit Henri IV comme un prince qui opprime le clergé, détruit la noblesse , ruine le tiers-état , et se rend le tyran de son peuple.

La vérité n'est pas moins blessée dans tout ce que sa bile exhale contre les protestans. Que veut-il qu'on pense des épithètes d'impies , d'horribles , de détestables , de sacrilèges , etc. , qu'on y voit entassées , pour flétrir un corps qui fait profession de convenir avec lui-même , dans .tous les points fondamentaux de la doctrine de Jésus-Christ , et de n'avoir pas une moindre vénération pour tous les divins monumens où ils sont exprimés, le symbole des apôtres, le décalogue, l'oraison dominicale.

A l'égard des fautes purement de politique, elles peuvent bien ne venir dans d'Ossat que d'une vue trop bornée ; mais elles ne sont pas ,

3o MÉMOIRES DE SULLY.

moins palpables. Dans le temps où les projets ambitieux de la maison d'Autriche sont, pour ainsi dire, affichés par toute l'Europe, il expose la France à en être la première victime, en détachant d'elle, sans retour, tout ce qu'elle a d'alliés capables de la soutenir contre cette orgueilleuse monarchie. Ce qu'il y a de plus surprenant, / c'est que cette politique ruineuse n'ait pas laissé 5 de se communiquer , comme par contagion , à la "% plupart de ceux qui sont employés dans l'administration des affaires publiques ; et ce qu'il y a en même temps de plus triste, c'est qu'enfin elle a prévalu sur la plus saine , mais la plus petite partie.

Elle exposa Villeroi, dans le mois d'avril de cette année, à un déboire des plus fâcheux pour un homme en place. Le roi, en partant pour Fontainebleau , où il avait coutume de faire ses pâques, et de passer cette fête solennelle ^pendant laquelle toute affaire cessait au conseil , congédia ses conseillers jusqu'au dimanche de Quasimodo; mais, dès le Vendredi-saint, il me rappela par une lettre, dans laquelle il me mandait qu'il venait de découvrir une trahison dans sa cour , sur laquelle il voulait conférer avec moi ; qu'il ferait trouver à cet effet des chevaux de poste à Àblon le jour de Pâques , afin que je ne manquasse pas de me rendre à Fontainebleau au sortir de la cène, ce que

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