‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 139 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIÈME. 3(X · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME. 3(X

de religion , je me contentais d'exalter les vertus et les grandes qualités de sa sainteté, de l'assurer de mon obéissance, de mon attachement à la servir, et de la passion que j'avais de pouvoir lui être utile. Les remercîmens des sentimens qu'elle me témoignait, et les souhaits d'une parfaite prospérité remplissaient ma lettre entière, où, sans croire intéresser ma religion, je n'avais rien oublié de ce qu'on doit au caractère des princes souverains, et en particulier à celui qu'une église tout entière donne au pape. Je ne faisais donc aucune difficulté de me servir du terme de lui baiser les pieds , qui sans doute n'aurait pas plu à mes confrères; aussi Paul V, en recevant ma réponse, dit hautement qu'il goûtait un des plus grands plaisirs qu'il eût eus depuis son pontificat. îl la lut trois fois de suite, en s'écriant que je lui faisais trop d'honneur. 11 en loua infiniment le style , le tour et toutes les expressions, et dit encore que mes louanges lui dérobaient une partie de celles qu'il aurait voulu me donner. Il fut tout près de me remercier par un second bref. Il fallut que du Perron lui-même s'opposât à un excès de tendresse qui pouvait avoir ses risques. Ce cardinal fut témoin de tous les mouvemens du samt-père> parce que, comme ma lettre était écrite en français, il fut appelé pour ea être l'interprète; Du Perron demeura encore quelque temps à Rome ,

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dont le séjour lui occasionait une grande dépense. Il me marquait que, depuis un an, il lui en coûtait plus de vingt mille écus en frais de voyages, d'entrée de conclaves, de meubles et d'habillemens pour lui et pour sa maison. Dans l'épuisement où ces dépenses Pavaient réduit, il me priait de le faire payer des fermiers de son abbaye de Lire, qui lui refusaient ses fermages, sous prétexte d'un arrêt du conseil, touchant des droits qu'il avait sur certains bois.

Tout le reste de l'Italie commençait à n'être pas fort éloigné des dispositions favorables du saintsiége pour la France, excepté le duc de Savoie, qui n'était point encore dégagé de la politique espagnole , comme on peut le juger par les nouvelles menées que fit cette année, de la part de ce duc, un nommé Chevalier. A l'égard de l'Espagne, la France continua avec elle comme par le passé , sur le pied d'une paix pleine d'ombrages et de plaintes réciproques.

Lçs négociations entamées entre cette cour et les états des Provinces-Unies n'ayant eu aucun succès, les hostilités recommencèrent dès que la saison permit de se mettre en campagne. Le roi d'Espagne fit demander aux Suisses un passage sur leurs terres pour les troupes qu'il envoyait en Flandre , afin de ne point les engager par la route du pont de Gresins, qui les aurait trop retardées.

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