LIVRE VIAGT-UHIKME. 3li
de ne les faire passer que par vingtaine, et au nombre de deux mille hommes, auxquels il en joignait encore mille autres. Le roi, en recevant cet avis de Caumartin , s'imagina que Spinola, qui devait les commander, prenant la même route, il ne serait pas imposai siWe que le prince Maurice, à la tête d'un parti de coureurs français, et choisissant bien son temps, ne trouvât le moyen de se saisir de la personne i ce général : « ce qui, disait Henri, aurait valu « une bataille gagnée. » Il m'écrivit de communiquer cette pensée à Aërsens , et de la faire passer, par son moyen, jusqu'au prince d'Orange. Mais on apprit presque aussitôt, par un coutfrier espagnol , qui passa par Paris , s'en allant en Flandre à la fin de mars, que Spinola avait pris une autre route, et devait arriver à Paris dans trois ou quatre jours; ce qui changeait si fort la chose, que sa majesté se crut alors obligée au contraire de lui rendre son passage assuré, tant qu'il serait sur les terres de France. Spinola ayant demandé l'honneur d'être admis à l'audience du roi, ce prince s'imagina encore que ce commandant était chargé de lui faire quelques nouvelles propositions. Je n'apercevais point cette conséquence , et je répondis à Henri , lorsqu'il m'en parla , que Spinola, ayant cru devoir prendre le chemin le plus court et le plus sûr, qui est celui par Paris,
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3l2 MÉMOIRES DE SULLY.
avait jugé en même temps que son devoir de-U mandait qu'il rendît ses respects à sa majesté , et qu'assurément il ne lui parlerait que de chose*; générales, quoique peut-être il chercherait à faire croire le contraire en Flandre. Il se trouva que j'avais pensé juste. r j 1
Spinola partagea son armée en deux. 11 en donna , une partie au comte de Buquoy 1 , à qui il fit pas ser le Rhin entre Cologne et Bonn , où il fit suite des retranchemens pour interdire ce pas à d'autres troupes. Quel que fut le dessein des Espagnols dans cette manœuvre , elle devait bien réveiller les princes allemands de leur léthargie. Spinola conduisit celle qu'il s'était réservée du coté de la Frise , où l'armée des alliés la côtoya long-temps. Le bruit qui se répandit , au mois d juillet, de la mort de ce général, ne se trouva pas mieux fondé que celui qui courut au mois de septembre qu'il avait été battu. On prévit qu'il en voudrait a Linghen , quoique cette place fort bonne ; et effectivement il s'en approcha , et l'investit. Par le moyen d'une digue que Maurice coupa , Spinola se vit comme assiégé lui-même dans ses quartiers, et ses tranchées tellement inondées, qu'on crut qu'il allait être obligé d'abandonner son entreprise , auquel cas le prince s'attendait de son côté à assiéger et emporter le
• Charles do Longues! ; comte de Buquoy.