‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 15 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIEME. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME. 3l

j'exécutai ponctuellement. Voici de quoi il était question.

l Villeroi avait à son service un commis nommé

Nicolas L'Hôte De père en fils, cette famille avait été attachée aux Villeroi; mais celui dont il s'agit ici, avant que d'entrer chez lui, avait été V secrétaire du comte de La Rochepot lorsqu'il était 4, ambassadeur de France en Espagne. L'Hôte , qui avait de l'esprit , mais un esprit porté à l'intrigue, se fit, pendant son séjour en Espagne, des intelligences avec les secrétaires d'état espagnols , don Juan Idiaques Francheses et Prada , auxquels il découvrait les secrets de l'ambassadeur son maître. La Rochepot ayant repassé en France, L'Hôte, qui se vit sans emploi, demanda à Villeroi, dont il était filleul, une place dans son bureau, et fut commis par lui au déchiffrement de ses dépêches, ce qui plut très-fort à L'Hôte, et lui donna les moyens de continuer encore plus sûrement son premier métier.

Barrault 2 , qui avait relevé le comte de La Rochepot en Espagne , s'aperçut quelque temps après que les secrets de son prince étaient éventés à Madrid , et il se donna la torture pour deviner de

1 Autrement dit, du Portail.

* Kmeric Gobier de Barrault. On rapporte de cet ambassadeur , qu'assistant un jour en Espagne à une comédie où Ton représentait la bataille de Pavie, et voyant un acteur espagnol

quelle part cela pouvait provenir. Ne pouvant arrêter les yeux sur personne en particulier , il pria sa majesté par un billet simple, adressé à ellemême, de tenir pour suspects tous les commis de ses bureaux, et en particulier ceux de Villeroi. La chose influait jusque sur nos autres ambassadeurs dans les différentes cours de l'Europe , qui étaient dans une surprise extrême, et se plaignaient au roi, ainsi que Barrault, de ce que le contenu de leurs dépêches était su dans ces cours au même temps qu'ils les recevaient, souvent même avant qu'ils les reçussent de France.

Mais ni eux, ni Barrault, ne pouvaient pénétrer plus avant , jusqu'à ce que Barrault se vit un jour abordé par un Français de Bordeaux, réfugié en Espagne, nommé Jean de Leyré, et mieux connu par le nom de Rafis , qu'il avait porté dans le temps qu'il servait la Ligue, dont il avait été l'un des boute-feux ; et c'est pour cett^raison que, n'ayant pu se faire comprendre dans l'amnistie , il s'était vu obligé de passer en Espagne , où ses services , qui consistaient en quelques avis qu'il recevait encore de ses associés en France , furent récom-

terrasser celui qui représentait François I'r, lui mettre le pied sur la gorge, et l'obliger à lui demander quartier dans des termes tout-à-fait outrageans, il monta sur le théâtre, et en présence de tout le monde, passa son épée au travers du corps do cet acteur. Notes et Amelot sur d'Ossat.

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