‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 141 sur 245 · LIVRE VIJSGT-UNIÈME. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE VIJSGT-UNIÈME. 3l

Et

fort de Patience; mais Linghen ne s'en rendit pas moins dans le mois de septembre. Ce fut tout ce qui se fit dans cette campagne. Spinola était endevant sa conquête le a3 septembre, et il plus qu'à la mettre hors d'insulte. De part et d'autre, les troupes étaient fort diminuées. Le prince d'Orange pourvut de son coté aux forts Covoerden et Breton , qui couvraient et assuraient rise. Du Terrail, pendant ce temps-là, à la d'un secours que lui avait envoyé .Spinola , avait attaqué et surpris Berg-op-Zoom ; mais il en fut repoussé avec quelque perte. " ■ < S

Du Terrail était un officier français , de la cabale séditieuse, qui avait jugé à propos de se retirer à Anvers, et d'aller s'offrir aux archiducs. Sa majesté n'en fut pas encore si mécontente, quoiqu'il lui eût promis, par une lettre qu'il lui écrivit exprès, qu'il ne ferait rien de contraire à son devoir, comme elle lui sut mauvais gré de lui avoir débauché Dunnes, le jeune Nangis et Chef- Boutonne, qu'on disait sur le point d'y passer avec une compagnie entière. On arrêta depuis un laquais de du Terrail, qui passait en Auvergne chargé de paquets, mais tous de fort peu de conséquence. Il tâchait d'engager sa femme de passer à Anvers, en se louant beaucoup des bons traitemens qu'il y recevait. Cet exemple avait été donné dès l'année précédente par Saint-Denis-Mailloc et

quelques autres gentilshommes , qui avaient offert leurs services aux archiducs; en quoi ils n'agissaient certainement ni en bons politiques, ni en bons sujets.

Ce n'est là que le moindre des sujets de plainte que le roi eut contre l'Espagne. L'appui qu'elle donnait aux séditieux français, la part qu'elle avait prise aux assemblées qu'ils avaient faites dans le Limousin et le Périgord , les entreprises qu'elle méditait de concert avec eux sur les villes et cotes de Provence, étaient des griefs d'une tout autre conséquence. Mais, tout bien pesé, sa majesté jugea qu'elle devait s'épargner la peine de faire des reproches inutiles, se rendant justice sur les moyens de récrimination qu'elle avait ellemême donnés aux Espagnols; elle se montra même plus religieuse que peut-être ceux-ci ne s'y attendaient après cela à faire observer exactement les dernières conventions par rapport au commerce qu'elle venait de faire avec eux. Le capitaine Yvon, Baudelonis, amena de la Rochelle un vaisseau espagnol, qui s'avoua flamand, et du prince d'Orange. Les Rochellois crurent devoir en informer le roi , qui leur répondit en louant leur ' conduite, leur cita l'article du traité > qui était formel, et y fit donner à l'Espagne la même satisfaction que si elle l'avait feit demander par son ambassadeur.

■ LIVRE VINGT-UNIÈME. 3l5 Le conseil de Madrid, de son coté, ne savait trop sur quel ton il devait le prendre avec nous , combattu d'un côté par sa fierté naturelle , de l'autre par le sentiment de son insuffisance, et par les besoins qu'il sentait avoir de nous. Cet esprit conduisait les Espagnols dans toutes leurs manœuvres, et leur faisait tour à tour essayer de nous séparer d'intérêt d'avec les États, se plaindre amèrement de ce que, sous une apparence pacifique à leur égard, nous nous comportions en effet comme auraient pu faire de véritables ennemis, et affecter une étroite correspondance avec l'Angleterre; mais aucune de toutes ces ruses ne leur réussit. Le roi , secrètement rassuré par la connaissance de ses forces, se moqua de leurs menaces; et, pour moi en particulier, je connaissais trop bien l'esprit et l'humeur du roi d'Angleterre pour croire qu'il fit jamais pour eux plus qu'il n'avait voulu faire pour nous.

Ils s'y prenaient d'ailleurs si mal avec sa majesté britannique , qu'ils ne purent même sauver long-temps ces apparences; car, comme ils ne faisaient pas un long séjour dans un pays sans y laisser bientôt des marques de cet esprit de cabale qu'ils avaient exercé par toute l'Europe , Jacques eut avis de quelques brigues sourdes qu'ils faisaient dans ses états; ce qui le mit dans une fu-

3l6 MÉMOIRES DE SULLY.

rieuse colère contre eux. Il n'en fallait pas moins pour rappeler ce prince aux premiers engage» mens qu'il avait contractés avec moi, et auxquels il avait donné atteinte dès l'année suivante par cette mauvaise prévention d'esprit pacificateur dont j'ai parlé, ou plutôt par véritable timidité. Beaumont, qui était sur la fin de son ambassade, ne fut pas peu surpris de voir que Jacques le mit de lui-même sur cette matière, et qu'il lui en parla dans des termes bien différens de ceux dont il se servait ordinairement. Il lui donna des lettres pour Henri et pour moi; et lui faisant entendre de quoi il était question , il le chargea encore verbalement d'insister particulièrement avec le roi de France, lorsqu'il lui rendrait compte de sa négociation , sur celui de ces articles qui regardait la succession de l'Empire; c'est aussi sur quoi Jacques s'étendait le plus dans sa lettre à Henri. Il l'exhortait à se joindre à lui dès ce moment , pour faire en sorte qu'avant la mort de l'empereur régnant, les électèurs pussent être remis en possession de la liberté de l'élection et de leurs autres droits , et qu'ils en fissent usage pour fermer à tout fils , frère , ou parent même éloigné de sa majesté impériale , le chemin à l'Empire , en empêchant qu'aucun d'eux ne fut nommé roi des Romains; enfin pour faire statuer que

uigmzeo

Page 1