‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 142 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIEME

l'empereur désigné pour lui succéder, quel qu'il pût être, se désisterait de toute prétention au royaume de Bohème.

Beaumont, en exécutant, à son retour à Paris, la commission dont il était chargé par sa majesté britannique, dit au roi qu'il avait une lettre de ce prince pour moi, que sa majesté décacheta, parce que j étais pour lors à Châtellerault. Elle voulut essayer si cette nouvelle politique trouverait des partisans dans sa cour. Elle s'ouvrit à quelquesde ses ministres sur cette idée du roi Jacques par rapport à l'Empire, non pas entièrement, mais par forme de consultation; encore moins leur donna-t-elle à soupçonner la plus petite partie de ses grands desseins. Henri ne trouva point en cett e occasion dé flatteurs. Il n'y en eut pas un qui ne témoignât qu'il ne savait que répondre sur cette idée, tant elle leur paraissait fausse et déraisonnable. Le prince se donna bien de garde d'aller plus avant. Il attendit que je fusse de retour pour s'en entretenir avec moi ; mais comme cette conversation roula en partie sur plusieurs particularités qui parurent de si grande conséquence à sa majesté, qu'elle me fit jurer de n'en rien découvrir à personne, mon serment me ferme encore aujourd'hui la bouche1. \

1 Je ne sais si ce secret ne roulerait point, du moins en partie, sur l'incertitude où il paraît que fut quelque temps ce

3l8 MÉMOIRES DE SULLY.

Henri , en me remettant la lettre do roi Jacques pour moi, m'en fit lui-même la lecture. Sa majesté britannique me donnait avis de la proposition qu'elle avait enjoint à Beaumont de faire au roi. Elle me représentait l'intérêt que j'avais de l'appuyer, d'une manière qui, toute générale qu'elle était , avait pourtant un rapport si direct aux ré-

prince» s'il ne travaillerait point à se faire déclarer empereur lui-même; il se crut même obligé 4e donner cette idée à examiner à ses trois ministres, qu'il assembla un jour pour les entendre parler sur ce sujet , comme nous l'apprenons du volume 8474 des manuscrits de la bibliothèque du Roi, où cette délibération est rapportée en son entier. Il est singulier que ces trois personnes ne se trouvaient presque sur rien du même avis. L'un lui conseilla de se faire élire empereur; le second l'en détourna; et le troisième, plus favorable à la maison d'Autriche, voulut lui persuader de travailler en faveur de l'archiduc Mathias. « Le roi, ajoute l'auteur, qui avait attentivement « prêté l'oreille à ce dernier, se leva; ayant ouvert une fenêtre « pour prendre l'air, tenant la vue et les mains vers le ciel, « dit tout haut : Dieu formera et fera naître en mon cœur, s'il « lui plaît, la résolution que je dois prendre sur tous vos dis- « cours, et les hommes les exécuteront. Adieu, Messieurs, il « faut que je m'aille promener. Et ainsi finit cette conférence. » Quoique cette idée ne fût pas absolument contraire à ses grands desseins, on peut cependant douter avec assez de fondement s'il l'a eue véritablement. Il se pourrait bien faire qu'il ait feint seulement de l'avoir, de concert avec le seul duc de Sully, pour faire prendre le change dans son conseil, sur le sujet de ses grands armemens. Le comte de Beaumont , ambassadeur de France à Londres , chercha , au rapport de Siri , ibid. 166 , à lui mettre cette idée dans la tète.

Page 1