LIVRE VINGT-UNIÈME
flexions que je lui avais fait faire sur cette matière, que je ne pus pas douter que de temps en temps < lle ne se sentît très-fortement frappée du plan de politique que je lui avais tracé. Je ne touche point aux assurances d'amitié et de bienveillance dont cette lettre était remplie. Beaumont en avait encore davantage à me dire de bouche ; il n'était pas non plus oublié dans la lettre. Son mérite personnel et son intelligence dans les affaires y recevaient un témoignage qui lui fut compté pour beaucoup auprès de sa majesté. Si ce prince n'avait pas encore connu toute la confiance qu'avait en moi le roi Jacques, cette lettre était bien capable de l'en persuader. Il en parut charmé, et m'ordonna de la cultiver soigneusemnnt; ordre que je reçus avec plaisir.
À l'exception de l'Allemagne, on vient de voir l'état politique de presque toute l'Europe. J'aurais peut-être encore eu quelques remarques à faire sur les différens cantons germaniques; mais le peu qu'il est important d'en savoir par rapport aux affaires de France se trouve joint de soimême avec ce que je vais dire de la cabale séditieuse de France. Cet article amènera un assez long détail, parce qu'il donna lieu au voyage que je fis cette année en Poitou, et à celui que sa majesté fit en Limousin, qui en remplirent les quatre plus beaux mois.
5lO MÉMOIRES DE SULLY.
On n'est pas sans doute à faire une réflexion bien naturelle sur la bizarrerie d'une association qui causait tant d'alarmes à l'état. Une sociétr composée indifféremment de catholiques romains et de huguenots; ces catholiques espagnols et ces huguenots français; un parti agité par des intérêts si opposés , qu'on doit se le figurer dans une j violence continuelle pour pouvoir les concilier ; un corps dont le duc de Bouillon est le chef, et dont l'Espagne est Famé; ce coup-d'œil seul a quelque chose de si singulier et de si monstrueux, qu'il suffira pour rassurer bien des personnes sur les suites d'une confédération si mal assortie. J'en ai toujours eu cette pensée; mais, comme tout parti qui s'entretient dans une perpétuelle désobéissance au souverain ne peut qu'être très-préjudiciable à l'état, en le supposant même frustré de l'attente de son objet principal, on ne niera pas qu'il est d'une saine politique d'empêcher par toutes sortes de moyens qu'il ne se forme, ou dé le détruire lorsqu'il est déjà formé. Les révoltés étaient dans ce cas. Il n'y avait ni prudence dans leurs résolutions, ni beaucoup d'apparence qu'elles produisissent jamais rien de bien à craindre; cependant, comme on ne doit point laisser tenter impunément de pareilles entreprises , sa majesté ne négligeait aucun des avis qu'elle recevait. Us se renouvelèrent dès le commencement de cette