‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 144 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIEME. 3a I · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIEME. 3a I

année plus fortement encore qu'auparavant. Murat, lieutenant-général de Riom , m'écrivit, dans les premiers jours du mois de mars, qu'on venait de l'instruire de particularités si importantes , que , quoiqu'il ne pût pas en garantir la vérité , il se croyait obligé de les faire passer jusqu'à moi ; et afin que je pusse mieux en juger, c'était la personne même qui lui avait donné cet avis qu'il chargeait de me rendre la lettre qu'il m'écrivait.

Je commençai à tâter cet homme , et dès les premières questions que je lui fis , je vis que sa déposition enveloppait un si grand nombre de personnes , et de la première distinction de la cour , que , sans aller plus avant , je crus que cet éclaircissement méritait bien d'être fait en présence de sa majesté même. Je lui écrivis à Saint- Germain , où elle était alors , en lui désignant par des chiffres connus d'elle seule le nom de ces personnes. Le roi partit incontinent pour venir entendre à Paris le dénonciateur , qui assura que toutes ces personnes (et il les lui nomma) avaient des intelligences dans les principales villes de la côte de Provence et du Languedoc. Il spécifia nommément Toulon, Marseille, Narbonne, Bayonne, Blaye et. quelques autres ; que le comte d'Auvergne était à la veille de tenter celle qu'il avait sur Saint-Flour lorsqu'il avait été arrêté ; que iv. ai

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toutes ces pratiques se faisaient de la participation^ de l'Espagne , et moyennant l'argent qu'elle répanf dait pour cela. S'il disait vrai, les conjurés avaient Jfa déjà reçu plusieurs milliers de pistoles 'du roi J catholique ; ils en attendaient encore beaucoup?] davantage , et ils faisaient même fond sur des secours d'hommes , que les Espagnols ne voulaient pourtant leur accorder , disait-il , que lorsquHU se seraient déclarés ouvertement ennemis de fé-'' tat par l'envahissement des places qui viennent\¥ d'être nommées, et de plusieurs autres forteresses

La sincérité des paroles du dénonciateur était bien douteuse par un endroit qui apparemment n avait point échappé à Murât ; c'est qu'il avait servi Calvairac 1 , chez lequel il pouvait bien , à la vérité , avoir entendu parler de tout cela. Mais n'avançait -il point cqmme des réalités ce £u'U avait entendu proposer comme de simples possibilités ? Il avait reçu quelques mauvais traitemens chez son maître , et sans doute le plaisir de s'en venger était de la partie. Que ne peut point ce motif joint à celui du profit qu'on savait devoir être d autant plus grand , que les dénonciations qu'on avait à faire paraîtraient plus graves à sa

1 Jean de Sudrie , baron de Calvairac , ge

cinois.

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