‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 145 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

majesté! Il n'en faut pas tant pour faire grossir les objets bien au-delà de la vérité.

On peut donner comme beaucoup plus certain ce qui s'était passé dans les* synodes et les autres assemblées particulières de la religion tenues dans le Poitou , la Saintonge , l'Angoumois et les provinces voisines. L'esprit de paix n'était pas ce qu'on apportait dans tous ces convcnticules. Entre autres délibérations bien hardies, que j'omets, il y avait passé à la pluralité des voix qu'on de-r manderait à sa majesté la permission de convoquer une assemblée générale de la religion , sans lui en expliquer le sujet ni les motifs. Le roi, au» quel la requête avait été en effet présentée , ne leur avait pas refusé leur demande; mais , suivant le droit qu'il en avait, il prétendait leur prescrire le lieu , la matière et la forme de cette assemblée , et y envoyer ime personne qui le représentât. C'est Chàtellerault qui leur fut nommé , et moi , qui devais y paraître chargé des intérêts de sa majesté.

Les protestans , j'entends ceux qui remuaient ce corps , auraient, je crois, mieux aimé un refus de sa majesté qu'une pareille acceptation. Ils se dirent que , si je joignais le titre d'homme {lu roi à la qualité de gouverneur de la province dans laquelle devait être tenue l'assemblée , rien ne serait capable de les soustraire à l'autorité que

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je ne manquerais pas de m'y arroger. On peut croire que dans ces momens j'étais moins ménagé de mes confrères que le papiste le plus détesté.

Le parti que prirent les mutins du corps fut

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ou trois cents personnes au moins , dans laquelle ils énonceraient à sa majesté que, sur de meilleures raisons que celles qui leur avaient fait demander une assemblée , ils la priaient d'en différer la- tenue. Depuis qu'on eut mandé à Henri cette disposition des réformés , il s'attendait à recevoir la nouvelle requête, et il voulut bien prendre mon conseil sur ce qu'il avait à faire en cette occasion , par une lettre qu'il m'écrivit de Fontainebleau le 3o mars. Tous ces mêmes avis m'avaient été donnés , ainsi qu'à sa majesté , et j'avais pris de plus toute la peine possible pour connaître la vraie situation des choses, à quoi me servait beaucoup le voyage que j'avais fait l'année précédente en Poitou. Je n'avais rien trouvé de bien positif , sinon que les trois bu quatre boute-feux du parti , que j'ai souvent nommés, s'étaient'donné. beaucoup de mouvemens , mais si infructueusement , qu'il ne me, paraissait pas y avoir beaucoup à craindre de tous ces vains efforts, qui d'eux-mêmes s'en allaient en fiimée. Je n'ose dire que mes lettres et mes discours aux personnes du parti les moins

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