LIVRE VINGT-UNIEME. 3^5 JJI CUCCUpCCS , dVCt IUUS It» dUUCS que je me
donnais , avaient beaucoup contribué à amener la chose à ce point. Voilà sur quoi roulèrent le conseil et la réponse que le roi m'avait demandés. Il est certain du moins qu'on n'entendit point * parler de cette seconde requête, dont on avait tait tant de bruit , et par là sa majesté pouvait bien s?iraaginer de quelle nature était tout le reste ; mais il continua à lui venir dans le commence- . ment d'avril un si grand nombre de nouveaux is si pressans,et en apparence si positifs ^qu'elle se laissa entraîner au torrent. Les protestans, disait-on , et c'était par la bouche du premier président de Toulouse , et de mille autres personnes en Guienne, que cela se disait -, avaient tenu dans cette province et dans celle de Languedoc les discours les plus emportés contre sa majesté ; ils avaient, ajoutait-on, résolu de faire une députation pour se faire accorder la rupture de l'assemblée indiquée à Châtellerault. Autre lettre du jeudi saint , 7 avril , par laquelle ce prince me manda d'aller le lendemain des fêtes de Pâques lui aider à prendre une résolution sur ces nouvelles lettres, et en même temps être présent à la réception des députés huguenots , enfin leur expliquer les volontés du roi d'un ton dont il convenait que sa iriajesté parlât à des sujets yui venaient en quelque manière lui faire la loi. Il est vrai que, quand ce
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prince en aurait voulu prendre la peine , il n'était pas en état de le faire. Pendant tout ce mois , sa santé avait souffert de plusieurs petits ressentimens de goutte qui lavaient obligé de recourir à tin remède dont il s'était toujours bien trouvé ; c'est la diète, qu'il observa durement pendant les premiers jours de mai. De tout son conseil, il n'avait près de sa personne que Sillery , qu'il ne trouvait pas propre à jouer un pareil rôle.
Je tire tout cela de la lettre de sa majesté , qui finissait par me dire qu'elle me laisserait retourner à Paris aussitôt que cette affaire serait terminée. Dans la réponse que je fis à Henri, en attendant le jour marqué par son ordre pour mon départ , je lui faisais sentir deux chpses qui étaient, ce me semble, sans réplique; c'est que, si sa majesté ne voulait pas croire , ce qui pourtant était très-vrai, que ce qu'on lui mandait avec tant de mystère ou de bruit n'était que des criailleries de gens payés exprès pour cela dans les provinces , elle avait grand tort de permettre que son repos en fût troublé, ayant en main de quoi réduire ies mutins au silence.
C'est sur ces entrefaites que mes ennemis me firent avec sa majesté cette affaire si sérieuse , qu'on a Vue dans le livre précédent ; et l'on imagine aisément que , pendant tout le temps qu'elle dura , ce prince ne* songea pas à me choisir pour son con-
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fident , ni pour son agent auprès des protestans. Le retour de ses bonnes grâces s'étant fait de la manière que je l'ai aussi détaillé , il me dit que rien ne montrerait mieux qu'il était parfaitement guéri de tous ses soupçons que si on le voyait me confirmer l'emploi qu'il m'avait d'abord destiné. Je priai ce prince de vouloir bien faire exercer son autorité à Châtelleranlt par quelque autre personne, parce que je craignais de fournir, sans y penser, nouvelle matière à la calomnie; Henri raisonna d'une manière toute différente. Il crut qu'après ce qui s'était passé, il me devait, il devait aux autres et à lui-même de me montrer au public dans un poste où le sacrifice qu'il s'attendait que je lui ferais de ce que le cœur a de plus chers intérêts achèverait de mettre mon innocence dans tout son jour. Ce prince me dit avec bonté que mes ennemis venaient de le mettre en garde contre eux, qu'ainsi je n'avais rien à craindre. Et après m'avoir eimbra'ssé deux fois, et comblé de ses caresses ordinaires, il me fit reprendre le chemin de Paris pour y disposer les affaires à souffrir mon absence, pour dresser des mémoires de toutes celles qui avaient rapport à ma commission, et pour composer moi-même les instructions que je devais recevoir par écrit de la main de sa majesté et de l'avis de son conseil.
Pour sa majesté , elle revint pendant ce temps-
là passer unepartie du mois de juin à Saint-Germain. Ce prince eut dans les premiers jours de ce mois une fluxion sur un pied 1 , qu'il crut dissiper par l'exercice de la chasse, avec la précaution de faire couper sa botte à l'endroit malade ; mais 4 il n'eut pas fait une demi-lieue , que des douleurs excessives l'obligèrent de retourner sur ses pas. Il ne put, tant qu'elles durèrent , s'appliquer à aucune affaire, quand il se fut agi, m'écrivait-il, de la perte de la moitié de son royaume. Lorsqu'il les sentit dissipées, il revint à Paris, d'où il se disposa à aller à Monceaux , après qu'il aurait donné ordre à toutes les choses nécessaires pour mon départ.
Je mis sur le papier toutes les questions dont je souhaitais être instruit par rapport aux différens points de ma fonction d'homme du roi , et dont les réponses devaient composer le fond de l'instruction sur laquelle je venais de convenir avec sa majçsté; et j*envoyai cet écrit à Villeroi et à Fresne, qui, deux jours après, me le renvoyèrent
1 « J'étais allé à l'Arsenal (dit Henri IV, parlant d'une de « ces attaques d« goutte) avec ma femme, Sully me dit : Sire , « vous avez de l'argent, et vous ne le voyez point; comme de « fait, je me contenté de savoir que j'en ai , sans m'a m user au « plaisir de le voir. Nous allâmes à la Bastille, et il nous montra « comme cela était ordonné. Je vous assure qu'au même instant « la goutte me prit, et me nt souvenir du proverbe : ceux qui « ont la goutte ont des écus. » Matthieu, t." a, liv. 3, p. 6i3.