‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 149 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIEME

vent pour une affaire peu importante en ellemême.

Il y avait une dernière raison contre ces assemlées, et je ne devais point la dissimuler, mais .seulement l'adoucir , en disant que souvent elles donnent lieu à des jugemens peu avantageux du parti protestant, parce qu'on ignore plus volontiers les sages desseins que les brigues des malintentionnés, qui demeurent confondus dans ces assemblées tumultueuses avec les personnes équitables, et qui font toujours plus de bruit qu'elles. S'il survenait à Cbâtellerault quelque contestation sur ces articles ou autres semblables, le parti qu'on pouvait prendre suivant l'occurrence pour les finir, était laissé à ma disposition jusqu'à pouvoir me servir de la religion qui m'était commune avec eux, pour mériter leur confiance et pour captiver leurs suffrages. Le seul cas d'opiniâtreté et de désobéissance formelle m'obligeait à avertir sa majesté et à suspendre toute résolution jusqu'à la réception .de ses ordres, de même qu'à défendre que l'assemblée se séparât, que de son congé.

Pour ce qui concerne l'article des députés de la religion , il faut savoir que les protestans étaient dans l'usage de tenir près de la personne de sa majesté deux hommes pris dans leur corps, l'un pour l'ordre ecclésiastique, l'autre pour la robe ,

c'est-à-dire pour Tordre séculier, afin de résider à la cour, de traiter auprès des ministres de sa majesté, ou avec le prince lui-même, les. affaires qui devaient lui être communiquées; enfin de recevoir immédiatement ses ordres et ses dispo sitions. Ces députés entraient en charge, et ils e sortaient par un nouveau choix qui se renouvelait tous les trois ans. On ne voit pas, en remontant •jusqu'à la source, que ce prétendu droit de résidence et de nomination de députés, dont les réformés faisaient tant de bruit, ait un titre bien authentique. Il n'en est rien dit dans les édits ni même dans les pièces qui renferment ces articles secrets qu'on sépare quelquefois des traités. C'est un usage de simple tolérance établi à l'occasion de la résistance que quelques cours souveraines firent à l'enregistrement de l'édit de Nantes, et qui ne devait durer que jusqu'à cet enregistrement. Sa majesté n'avait pour cela aucune envie de priver les protestans de ce privilège. Elle voulait seulement, et c'était un des chefs de ma commission, qu'ils s'en tinssent, pour la nomination de ces députés, à l'un des deux moyens qu'elle leur avait prescrits par leurs propres députés, lorsqu'ils lui avaient demandé la convocation de l'assemblée, et s'il se pouvait au second, par lequel ce prince entendait que les réformés lui présentassent les noms de six personnes choi-

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