‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 151 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

dans ce cas elle trouvait bon que j'acceptasse, ne me suffisait pas pour me faire écouter, je devais y joindre l'autorité de gouverneur. Je pouvais > suivant les occasions et la situation des esprits , donner à connaître que le roi n'ignorait aucun des desseins des protestans séditieux, pourvu qu'on ne pût pas en conclure qu'il en était informé des lieux mêmes.

Il y avait d'autant plus d'apparence que l'article de villes de sûreté remises entre les mains des protestans serait discuté , que le terme de prolongation accordé par sa majesté pour la garde de ces places était près d'expirer. Si cela était, je devais faire entendre , soit à l'assemblée en général, soit aux députés en particulier, que, pourvu que sa majesté trouvât de la docilité pour ce qu'elle exigeait, elle se porterait volontiers à une seconde prolongation, et cela sans restriction des places appartenant aux simples particuliers. J'avais ordre de ne donner cette assurance que comme d'une* chose qui n'était pas encore obtenue, mais que je me promettais d'obtenir de sa majesté, quoique j'eusse déjà dans ma poche le billet d'octroi de cette prolongation. Je m'étais seulement obligé à sa majesté de le tenir secret jusqu'à ce que son commandement m'en fît faire nsage.

Pour celles de oes places qui étaient au duc de iv. aa

Bouillon , et qui dès-lors n'avaient plus de part aux fonds que le roi destinait à leur entretien , elles devaient en être déclarées exclues pour toujours , aussi-bien que déchues de l'espérance de toucher la somme promise par l'édit de Nantes pour l'entretien des garnisons. Cette somme montait alors à cinq cent soixante-treize mille cent quatre-vingtdouze livres , sur laquelle on avait déjà retranché auparavant quatre-vingt-dix mille livres : elles ne devaient pas même s'attendre à voir remplacer ces fonds qui leur avaient été assignés. J'avais déjà reçu quelques requêtes sur ces différentes suppressions , auxquelles j'avais toujours répondu que je ne trouvais rien que de juste dans ce procédé de sa majesté. Il m'était enjoint d'en faire de plus en plus sentir la justice. Enfin je m'obligeais dans cet écrit à ne rien faire sans prendre avis de sa majesté, avec laquelle je commençai dès ce, moment à entretenir un commerce réglé de lettres, la plupart fort longues, et quelques-unes en chiffres. Ce mémoire est daté du 4 juillet , signé par sa majesté, et eontre-signé par Villeroi. Je . partis deux jours après.

La reine Marguerite, que son séjour au château d'Usson mettait à portée d'entendre parler sou^ vent des séditieux, n'eut pas plus tôt appris que je m'acheminais en Poitou , qu'elle se crut obligée de me faire part de tous les avis qui étaient venus

Page 1