‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 152 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIÈME. 33g · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME. 33g

à sa connaissance. Elle avait encore à m'entre tenir sur ses affaires personnelles ; mais , pour ne pas mêler les unes avec les autres, je reviendrai à celles-ci après que j'aurai traité celles qui ont rapport à mon voyage. Cette princesse vint d'Usson à Toury, d'où elle écrivit à sa majesté le motif de sa démarche , et le désir ardent qu'elle avait de pouvoir m'entretenir sur mon passage. Je n'étais plus à Paris lorsque cette lettre y arriva poup sa majesté, avec une seconde de la même part pour moi. J'étais parti il y avait deux jours , prenant ma route par Rosny et Lavin ville. Henri , ayant vu, et par sa lettre et par la mienne, ce que la princesse souhaitait de lui, fit partir le 9 juillet La Varenne pour me rejoindre et me rendre une lettre dans laquelle il me faisait savoir que je lui ferais plaisir de voir en passant la reine Marguerite, quand je devrais pour cela quitter le chemin de Châtellerault et me détourner jusqu'à Orléans. Il me renvoyait avec sa lettre celle de Marguerite, aussi datée de Toury, du 7 juillet, par laquelle je vis que cette princesse s'attendait à s'aboucher avec moi entre Paris et Orléans. Pour ne me pas manquer, elle m'envoya Rodelle, son écuyer, qui me pria d'aller jusqu'à Orléans, si je ne la rencontrais pas auparavant sur cette route; mais elle m'épargna la peine d'aller jusque là. J'appris , en arrivant à Cercote, qu'elle venait d'y arriver aussi.

34o MÉMOIRES DE SULLY.

Je jugeai à propos d'amener jusqu'en cet endroit mon épouse , qui était venue avec moi à Rosny et à Lavinville , afin qu'elle profitât dé l'occasion de saluer cette princesse.

Il était encore si matin lorsque j'arrivai à Cercote, que la reine Marguerite n'était pas levée : cela n'empêcha pas qu'elle ne me fît entrer dans sa chambre, où j'eus l'honneur de l'entretenir une bonne heure avant son lever. Nous reprîmes notre conversation après qu'elle se fut fait habillér, et nous passâmes ainsi en conférence tout le reste du jour. Je laisse tout ce que cette princesse me dit de poli et d'obligeant. Ce qui m'avait été dit en gros de la part de Murât sur les factions civiles me fut amplement particularisé par elle et par Rodelle. Ils me désignèrent par leurs noms quantité de personnes de la première qualité de Provence et de Languedoc , et des parens même du duc de Montpensier et du cardinal de Joyeuse , qui y trempaient. Une partie de ces personnes avaient été dans le conseil du maréchal de Biron , et s'étaient ensuite attachées à ceux qu'ils avaient vus résolus de poursuivre ses desseins. La vengeance de ce maréchal y entrait , disait-on , pour quelque chose, et ils employaient les mêmes moyens dont ils s'étaient servis pour soulever le peuple. On joignit Béziers, Narbonne et Leucate aux autres villes qu'on a vu que les conjurés cher-

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