‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 153 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

chaient à surprendre; et Ton offrit sur tout cela des éclaircissemens qui, me dirent-ils, ne laisseraient plus lieu d'en douter. J'en informai sa majesté dans une lettre que je lui écrivis de Cer- ^cote le i4 juillet. Je lui envoyai la liste des noms qui m'avaient été indiqués ; mais je persistai toujours dans mon premier sentiment, et je ne voyais pas que rien de tout ce qu'on me disait dût m'en changer.

Ce n'est pas que je n'aperçusse toute la bonne ; possible dans des avis si bien circonstanciés : pour tout dire, Rodelle avait été lui-même de la cabale , et il ne s'en était retiré que par réflexion sur l'étourderie de toutes ses démarches. Il me dit que la Chapelle-Biron et plus de trente gentilshommes de sa connaissance avaient pris aussi le parti de se retirer, de venir trouver sa majesté, de l'informer de tout, et de lui demander pardon , pourvu qu'ils fussent assurés d'obtenir leur grâce; qu'ils s'étaient .adressés à lui Rodelle pour faire cette dçmarche en leur faveur, ce qu'il justifiait par les lettres qu'ils lui avaient écrites à ce sujet. Il m'ajouta que toutes ces personnes avaient un violent soupçon que mon voyage en Poitou pouvait bien servir de prétexte à une surprise qu'on avait envie de leur faire; qu'ils avaient engagé la reine Marguerite à me faire part de leurs dispositions, et de la passion qu'ils avaient de faire

oublier leur faute par d'utiles services. Rien n'est si positif que cela. Mais inutilement cherchait-on à me faire voir tout le royaume en feu là où je ne voyais qu'un petit nombre de têtes chaudes, qu'il était facile à sa majesté de mettre à ses pieds, lorsqu'elle voudrait s'abaisser à traiter sérieusement des desseins qui n'étaient dignes que de mépris et de risée. Au reste , toutes les fois que j'ai voulu approfondir tous ces avis si graves et si bien appuyés, j'ai toujours trouvé que le feux y surpassait de beaucoup le vrai.

Nous étions en cela d'avis contraire, Henri et moi. Persuadé qu'on doit donner toute son attention aux plus petits mouvemens civils, par la raison que les Français, disait-il, courent ardemment après les nouveautés, il rte négligeait rien de ce qiii pouvait lui donner une 'pleine lumière sur tous ces faits. Il se plaignait quelquefois dans les réponses qu'il me faisait que quelques-uns de ses ministres, avec mbi, n'avaient pas, Une juste idée du mal présent. lise confirma encore davantage dans sa pensée lorsqu'il lui tomba entre les mains un mémoire de la part de Vivant i de tout point conforme aux avis donnés par la reine Marguerite et par Rodelle. Il fit écrire sur l'heure à Vivant de lui envoyer la personne dont il avait su ce qu'il lui mandait, et à moi de faire, de concert avec Vivant, lorsque je serais arrivé à Chft*

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