LIVRE VINGT-UNIÈME
tellerault,les perquisition les plus exactes. Vivant était l'un des députés protestans à l'assemblée : cette qualité pouvait me rendre suspect à lui. Le roi y avait pourvu en lui mandant de prendre une entière confiance en moi , par une lettre qu'il fit passer par mes mains , avec la précaution que Vivant ne fût point nommé dans toute cette affaire, afin qu'il ne perdit pas avec son crédit les moyens de servir sa majesté auprès des protestans. Quant à Rodelle et aux autres gentilshommes dont il vient d'être fait mention , Henri approuva le parti que j'avais pris avec la reine Marguerite de les lui envoyer. Lorsqu'il les eut entendus, il leur donna ses ordres, et les renvoya sur les lieux, pour y veiller au bien de son service. Ce prince ne plaignait aucune des dépenses que lui coûtaient tous ces émissaires et ces donneurs d'avis.
On avait intercepté la copie d'une lettre écrite au duc de Bouillon par un de ses affidés , qu'on soupçonnait être jâaint-Germain-de-Clân, et on l'avait portée au roi ; c'était peut-être ce qui redoublait encore son activité. Je vais en rendre compte, afin qu'on juge si les conséquences qu'on en tirait à Monceaux étaient bien justes; elle faisait partie du paquet que, Henri me. faisait tenir de cet endroit. Saint-Germain , ou le correspondant de Bouillon, quel qu'il pût être, sé proposait surtout de lui persuader , dans, cette lettre ,
uiqi
qu'il devait envoyer quelqu'un de sa part à l'assemblée de Châtellerault qui y parlât pour lui , ou du moins écrire une lettre que ses amis pussent y produire. Le rôle que jouait le duc dans son parti, la nécessité de faire connaître son innocence , l'utilité d'exposer ce qu'il souffrait pour la cause commune , l'intérêt de tout le corps, son propre crédit à conserver chez les étrangers la solennité de cette assemblée /l'exemple de celle de Gap, c'étaient là autant de motifs, étalés avec soin dans le commencement de la lettre pour ébranler Bouillon.
La suite n'était qu'un amas de conjectures , de jugemens, de précautions, au sujet de cette assemblée; le tout pour prouver au duc que l'église réformée n'avait rien à espérer que de ses seuls efforts. L'auteur supposait que Henri avait perdu de vue toutes ses anciennes promesses, et qu'il sacrifiait hautement les protestans à ieurs plus cruels ennemis. Il en apportait pour preuves les liaisons du conseil du roi avec celui de Rome , les sommes immenses employées, disait-il, à faire un pape, les feux de joie de cette élection, la faveur des jésuites, déclarée par la démolition de la pyramide. Il examinait ensuite quel pouvait être, dans les circonstances présentes, le résultat de l'assemblée, et il n'en augurait rien que de fâcheux, tant à cause de la timidité du parti que