‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 155 sur 245 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

par les artifices que le roi saurait y employer.

Je commençais ici à entrer sur la scène , et Ton devine sans peine quelle figure on m'y faisait faire. J'avais , selon l'auteur, à soumettre des propositions qui ne devaient point trouver d'obstacles qu'elles ne renversassent, entre autres, celles de la prolongation des places de sûreté; et malgré cela, Saint-Germain, espérant contre ses propres espérances, ou plutôt cherchant à rassurer Bouillon , comptait que toutes mes finesses échoueraient sur l'article du choix des députés. Raisonnant à sa mode sur le combat qu'il supposait se passer dans mon esprit , entre ma conscience qui ne pouvait se prêter à la politique du conseil , et mon ambition qui ne permettait pas de m'attirer le pape et les papistes pour ennemis, il ne voyait quelquefois aucune apparence que je me chargeasse d'un emploi où je ne pouvais réussir au gré du roi sans trahir ma religion , ni la servir sans m' exposer à une disgrâce certaine. Il ne voyait d'ailleurs qu'obstacles et difficultés insurmontables pour moi dans une pareille commission. Comme il ne savait pas que sa majesté , en laissant au corps protestant les places générales de sûreté, consentirait encore que les particuliers de ce corps gardassent aussi celles dont ils étaient en possession , et qu'il croyait cette circonstance capable d'aliéner pour jamais les esprits , il se fai-

sait un triomphe de mon embarras et de fusion. Il attribuait au roi d'avoir dit que celui qu'il enverrait en son nom à l'assemblée n'aurait 1 rien à y faire que d'exposer simplement ses volontés; et, sur cette parole, il affirmait hardiment que, plutôt que de me trouver dans un endroit de mon gouvernement où l'on ne me rendrait pas tous les honneurs que je croyais mériter , où l'on ne m'admettrait pas même aux délibérations , je saurais bien me dispenser de ce voyage. Au pis aller, Saint-Germain se rendait caution au duc Bouillon , que toute mon autorité ne suffirait j pour empêcher qu'on ne fit une réception . gracieuse à sa lettre, ou un accueil honorable à son député.

Le malheur est que la faiblesse des partisans de ce duc était un point si généralement connu f que , malgré toute cette montre de hardiesse et d'ostentation, son ami se trouvait obligé de passer l'éponge sur cet endroit. Il convenait de la froideur des provinces et de la nonchalançe du parti, en ce qui le regardait; et après avoir sauvé la confusion au duc de Bouillon par mitigés, il approuvait le ménagement avait été le premier à conseiller qu'on se servît , en parlant de lui : c'est de ne faire en son nom personnellement aucune demande tant soit peu susceptible de difficulté , mais de se retrancher à

Dit

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