‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 156 sur 245 · LIVRE VINGT-UWlèME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UWlèME

faire faire, pàr le corps entier, des représentations sur le retranchement de ses places , sur le déni de justice, sur le bannissement et la persécution, auxquels il se Voyait exposé par son amour pour la religion. Il demande quel pourrait être le risque d'une lettre écrite à l'assemblée dans cette forme ; et n'y en trouvant aucun , quand même on n'y aarait pas égard, et, pour mettre tout au pis aller, qu'on la sacrifierait au roi, il exhorte le duc de Bouillon à l'écrire, eh lui conseillant seulement qu'elle ne soit pas rendue publique d'abord ; afin que, si elle venait à être lue tout d'un coup, il ne perdît pas l'avantage du premier mouvement de commisération. Il regardait comme un coup de parti pour lie duc, si la lettre, au lieu d'être' présentée à l'assemblée par une personne seule , y était apportée par les députés eux-mêmes de la haute et basse Giiienne, où étaient situées ses places, soit que d'eux-mêmes ils parussent s'en être chargés, ou, ce qui serait encore mieux, qu'ils en eussent reçu l'ordre de leurs comprpvinciaux.

Voilà qûelle était la lettre dont on faisait un si grand bruit à la cour, qu'en m'envoyant le paqùet de sa majesté, Sillery avait jugé à propos d'y joindre une lettre de sa part , sur cet unique sujet. Sillery était celui que Henri avait retenu près de sa personne, où il était alors occupé, tant au

raccommodement du prince de Conti avec le comte de Soissons, très-brouillés ensemble, qu'à l'affaire d'Orange, laquelle, selon ce que Lesdiguières et quelques autres en écrivaient à sa majesté, prenait un assez mauvais tour. Il me parut, lorsque j'eus lu la copie de la lettre au duc de Bouillon, qu'on prenait à la cour une fausse alarme. Je n'y vis rien qui ne me confirmât dans l'opinion où j'étais , que le parti séditieux était peu considérable, chancelant, dénué de tout, et bien éloigné de rien entreprendre d'important; et que Bouillon, plus expérimenté que les autres, ne se prêtait point à des idées vagues, qu'on lui présentait les unes sur les autres, sans aucune liaison ni rapport à un but fixe, parce qu'il n'y avait que de la confusion à en attendre. En un mot, au travers d'une fausse assurance, inspirée par beaucoup de présomption, et malgré cette affectation de fine politique, il me semblait que je découvrais clairement la désunion des membres et le désespoir du chef. Je ne changeai point encore dte langage dans la réponse que je fis à Monceaux, quoique peut-être par là je donnasse sujet de me soupçonner de peu de sincérité ; mais je me rassurais, sur ce que cela ne pouvait durer tout au plus que jusqu'au dénouement que l'assemblée de Châtellerault apporterait à tout ceci.

Au reste je puis assurer que je n'ai jamàis rien

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