LIVRE VINGT-UNIEME. 35 I
lie n'aurait rien de contraire à ce que je deà la religion et au bien général, parce que j'avais à justifier le choix de sa majesté à elle-même, et à soutenir à la face de tout le royaume la réputation de ministre prudent et intègre, dont je me flattais de jouir. Je les conviai à partager cet honneur avec moi, en leur faisant observer que, par cet endroit, l'honneur et la bonne politique ne devaient passer que pour'la même chose. Ce point était le plus difficile à leur persuader, et lorsqu'ils entendaient avancer que leurs villes de sûreté n'avaient point d'autre rempart que leur bonne volonté, au heu de prendre cette parole, comme elle l'était, pour vraie au pied de la lettre, ils ne voulaient la regarder que comme un paradoxe, ou une figure d'orateur.
Rien cependant n'était si certain. Pour faire voir aux protestans que le premier fondement de leur politique portait à faux, je me mis à faire la discussion de ce point principal, je veux dire la garde de leurs villes, dans lesquelles ils faisaient consister la plus grande partie de leur force, et sur lesquelles on m'avait dit qu'ils étaient poussés à faire à sa majesté des instances également fortes et hardies. Je leur montrai que cette quantité de bicoques qu'ils tenaient sous ce titre, loin de leur être avantageuse, ne pouvait que hâter leur ruine,
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si jamais ils se voyaient attaqués par un roi de France, surtout par le roi régnant, qui comptait un grand nombre de leurs officiers attachés à sa personne; parce que n'y ayant si chétive place, ni si petit gouverneur, qui ne prétendît à l'honneur de la résistance, il arriverait de là que ce qu'ils avaient de villes passables , au nombre de dix ou douze au plus, souffrant de cette disper- . sion si inutile de leurs soldats et de leurs munitions, ils verraient tout tomber en peu de temps, entre les mains de leurs ennemis. Je n'en exceptai < pas même Lesdiguières1 , leur Achille, pourvu
1 Les écrivains calvinistes ont traité le connétable de Lesdiguières comme on voit qu'ils traitent tous ceux qui ont abjuré leur religion. Le Vassor est le plus cruel de ses ennemis, et le duc de Sully un des plus modérés. Il n'est pas le seul qui ait cru que le désir d'être connétable seconda un peu les motifs de sa conversion. « Après la mort du connétable de « Luynes, dît Amelot de La Houssaye, Louis XIII envoya le « sieur Claude de Bullion au maréchal de Lesdiguières, pour « lui déclarer quç, s'il ne se faisait actuellement catholique, il « ne serait point connétable, quoique cette charge luj eupété « promise. Bullion , qui avait été long-temps bon huguenot , « abordant îè maréchal, lui demanda tout haut : Monsieur, « croyez- vous à la transsubstantiation? Oui, répondit le ma- « réchal^qui devina de quoi il s'agissait ; puisque vous me l'as- « surez, dit Bullion , je vous annonce que vous allez être con- « nétable. » Art. Bonne, etc.