LIVRE V1WGT-DEUXIEME
l'assemblée , comme une chose sujette à des difficultés qui le retiennent encore dans l'incertitude, et sur laquelle il faut consulter Lesdiguières , Duplessis et Saint-Germain.
Il s'étend après cela avec emphase sur les assemblées solennelles qui se font chez lui , de tout ce <jue l'Allemagne a de plus grand et de plus distingué; il en doit, selon lui, résulter un bien infini pour la religion. On conjecture, par la chaleur qu'il répand en cet endroit contre Lesdiguières , que Celui-ci avait peut-être dit un peu librement sa pensée sur ces assemblées si vantées. Pour en donner une juste idée , le duc de Bouillon assure que la seule appréhension de ce qui peut y être arrêté est plus que capable de troubler le repos de Henri, et de lui faire mettre tout en usage pour
le gagner. Il dit même qu'il a essuyé quelques reproches de ceux qui composaient ces assemblées de ce qu'il ne sait pas assez se faire valoir à la cour de France , et reçu des offres de prendre cette peine pour lui ; mais qu'il s'est opposé à l'effet de leur zèle (on va voir ici un trait de modestie singujier) en leur faisant connaître que, la seule jalousie que Henri a conçue de lui étant le vrai motif qui les éloigne l'un de l'autre* leur intercession ne servirait qu'à l'augmenter, et leur nuirait à eux-mêmes sans lui servir. Le véritable moyen de mettre là-dessus. Henri à la raison, qu'il
insinue être l'avis de toute cette assemblée d'amis et le sien, est de le réduire par la crainte à la nécessité de leur tout accorder.
La seule attention que pourrait mériter cette lettre assurément singulière , supposé qu'elle en mérite quelqu'une, est pour s'en servir à prévenir quelques demandes qui seraient peut-être faites dans l'assemblée ; car , du reste , à qui Bouillon croit-il en imposer par ce ton suffisant et fanfaron? Je ne cherche point ailleurs que dans ces impertinentes rodomontades la preuve que le parti séditieux n'avait encore rien de prêt ni au-dedans ni au-dehors ; qu'ils n'en étaient pas même encore au point de s'entendre les uns les autres , ni de s'expliquer sur leur intérêt commun et général. Quant à cette nouvelle ligue prétendue en faveur de la religion , on peut bien en penser comme en pensait Lesdiguières , et trancher le mot, que c'était un trait purement de l'imagination du duc de Bouillon. Caumartin n'en disait rien dans ses lettres au roi , quoiqu'il se fût entretenu avec le landgrave de Hesse sur tout ce qui pouvait avoir rapport à Bouillon. Le landgrave lui avait seulement demandé^ s'il était vrai que le roi de France se fut sçrvi de Montluet pour les voyages que sa majesté avait fait faire à-Sedan. Le sujet .de cette question, qui était tout- ce que le landgrave avait à demander sur le chapitre du duc de 'Bouillon ,