‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 165 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME

vient de ce que le bruit courait en Allemagne que le roi très-chrétien cherchait à s'emparer par surprise de Sedan , et à y abolir la religion réformée. On voit bien encore que ce bruit ne pouvait provenir que de Bouillon lui-même, qui, en satisfaisant par là sa haine pour le roi , insinuait en même temps que Henri regardait sa place comme si forte, qu'il n'espérait pas pouvoir s'en rendre maître autrement que par surprise; cela sappelle posséder l'art de réunir ensemble la présomption , la méchanceté et la fausseté. Tous les talens du duc de

Bouillon paraissaient s'être réduits à une grande fécondité à inventer, et à une grande adresse à répandre des bruits peu avantageux à ses ennemis. Celui d'une prétendue résolution si contraire aux intérêts de la France, prise par les Suisses assemblés à Bade , était sorti de la même boutique. On en fut quelques instans dans l'inquiétude en France, d'autant plus que l'affaire dont j'ai parlé Tannée précédente , qui occupait les ligues des Grisons , n'était point encore finie; mais, lorsqu'on vit que Caumartin , qui n'aurait pas manqué d»en informer tout d'abord sa majesté, n'en disait rien , on devina sans peine que c'était une invention de ceux qui avaient intérêt qu'on crût que nos affaires n'allaient pas bien dans ces cantons-là.

J'aurais bien souhaité que sa majesté eût eu le même mépris pour les avis de ces serviteurs mer-

cenaires , qui commençaient à se multiplier à un point qu'ils en étaient à charge ; et franchement je regrettais bien tout l'argent qui servait à payer cette sorte de service, qui m'était fort suspect , par l'intérêt qu'y avaient ceux qui le rendaient , soit pour eux-mêmes, soit pour faire augmenter la garnison d'une ville, ou pour lui procurer une gratification considérable. Un quidam donna avis d'une assemblée qui s'était tenue à Puylaurens , dans le haut Languedoc ; il fournissait un mémoire de ce qui s'était passé, et il assurait de plus s'y être trouvé. Un autre officier, ou soldat de Quercy, se fit envoyer par Vivant au roi, parce qu'il disait avoir été sollicité par un sien camarade de Sarlat, de se saisir de Domme en Périgord. Il désignait ceux qui avaient parlé à l'un et à l'autre ; ce qui détermina Henri à envoyer Thémines sur les lieux pour s'assurer de Leurs personnes. Tous ces faits se trouvaient la plupart du temps ou faux, ou excessivement chargés. Mon sentiment n'était pas qu'on négligeât toute précaution ;-au contraire, je>fus le premier à conseiller au roi d'avoir dans le Périgord et le Quercy quelques personnes de confiance; ce qui donna une grande'inquiétude à sa majesté , qui n'était pas accoutumée à me vofr parler de la sorte, et je fus obligé de l'assurer que je n'avais reçu de ces deux provinces aucune nouvelle fâcheuse.

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