‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 166 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME

Mais le parti que je voulais qu'on préférât à toutes ces petites perquisitions, comme le plus court et le plus sûr, c'était de donner de temps en temps et à propos l'exemple d'un châtiment sévère , comme fut l'arrêt rendu contre les deux Luquisses, gentilshommes provençaux. Le dessein avait été pris à l'Arsenal, avant que je partisse, de tâcher de s'en saisir. Le roi se servit pour cela de Ranchin , médecin du connétable , qui amusa si bien ces brouillons , que le chevalier de Montmorency en prit tout d'un coup neuf ou dix de cette séquelle , avec les deux chefs , et fit jeter en prison, à Aigues-Mortes, des conjurés si maladroits, que, dans la première surprise, ils se déclarèrent eux-mêmes coupables d'intelligences criminelles avec l'Espagne. Henri , bien résolu de les punir , envoya à Chantilly le chevalier de Montmorency et Ranchin, qui arrivaient de cette expédition , dire au connétable qu'il vînt dès le lendemain commencer à instruire leur procès. Le gouverneur d'Aigues-Mortes et le sieur de Saint-Genis aidèrent utilement de leurs personnes en cette occasion. C'est ce complot qui redonna à sa majesté l'idée de faire un voyage cette année du côté de la Provence; et un second motif de ce voyage fut le bruit d'un armement de galères que les Espagnols faisaient à Naples, dont je ne voyais pourtant pas qu'il y eût plus de sujet de prendre ombrage cette

fois que toutes les autres, l'Espagne Élisant à peu près la même chose tous les ans pour son commerce du Levant.

On manda encore au roi que quelques-unes des principales têtes de rassemblée ne cherchaient qu'à alonger le temps inutilement, afin que l'ennui me fit quitter la partie, ou que les affaires souffrissent du moins d'un autre côté pendant mon absence; que pour cela on avait résolu de se servir de différens prétextes , tel qu'est celui d'envoyer directement au roi des députés pour proposer leurs demandes, ou pour le remercier, comme si l'on eût regardé l'assemblée comme inutile. Henri chargea Parabère, qui partait de la cour pour son gouvernement , d'en conférer avec moi , en se remettant sur ma diligence du soin d'expédier promptement, mais pourtant complètement, les affaires de l'assemblée, à quoi je m'étais déjà promis de faire servir un moyen d'autant meilleur, qu'il flattait la vanité de tous ces députés. Sa majesté enjoignit encore à Parabère de m'aider de toutes ses forces à découvrir lès auteurs de ces menées; mais du reste elle n'osa lui confier les secrets les plus importans, et même, en mêle députant pour agir de concert sur certain mémoire, elle avait cru devoir m'envoyer ce mémoire par une autre voie , afin que j'eusse le temps de l'examiner et de prendre mes arrangemens avant

Page 1