LIVRE VINGT-DEUXIEME. 3^ T
sa présence , quoique contraire à tous ses desseins ; soit qu'il se promît la ressource ou même la vengeance de causer un soulèvement dans l'assemblée en sa faveur. En effet , il anima si bien les députés du Dauphiné, qu'on les vit s'écrier qu'il ne fallait rien faire sans lui ; mais je fis pourtant en sorte qu'on se passa aussi-bien de Duplessis que du duc de Bouillon. Je m'attendais à cette marque du ressentiment de Duplessis ; mais que Lesdiguières voulût s'abaisser à jouer par ses émissaires le rôle de clabaudeur en faveur d'un homme justement noté auprès de sa majesté , lui qui venait si récemment d'en obtenir une grâce distinguée pour Créquy , son gendre , c'est ce que j'ai de la peine à lui pardonner. Je vis dans toutes ces occasions combien il m'était utile d'avoir pris les devans dès long-temps avant l'assemblée pour m'assurer la meilleure partie des suffrages.**
A mesure que je vis mon parti se fortifier , j'élevai la vpix. Je coupai court à toutes les questions frivoles et captieuses ; je voulus qu'on avançât chemin , et , par-dessus toutes choses , qu'on regardât comme sacré tout ce qui touchait à l'autorité royale. C'est ce que Henri avait toujours le plus appréhendé , et la vérité m'oblige de dire que ses craintes n'étaient pas mal fondées. Ce sera une honte éternelle pour le duc de Bouillon , Duplessis , d'Aubigné, Constant, Saint-Germain et
quelques autres, mais surtout, je le répète, pour Lesdiguières , d'avoir souscrit à un mémoire dont l'existence n'a été que trop bien prouvée , dans lequel on jetait les fondemens d'une république calviniste au milieu de la France , libre et absolument indépendante du souverain. Je sais bien que ces termes ne se trouvent point dans le mémoire ; on les y a évités avec un soin qui paraît étudié; mais les termes ne font rien là où se trouve la réalité ; et je fais toutes ces personnes elles-mêmes juges de ce qu'on peut entendre par l'établissement d'un corps dont les chefs sont aussi étroitement liés ensemble que séparés d'avec les autres , et de conseils provinciaux qui prennent la loi d'un conseil suprême général ; ce que signifient cet appui qu'on y cherche chez l'étranger , cette obligation qu'on y impose à tous gouverneurs et gens en place de prêter certains sermens ; enfin l'exclusion qu'on y donne à tout catholique romain , et à tout officier particulièrement attaché au roi , des charges , dignités et des affaires du nouveau parti. Duplessis , qui apparemment avait ses raisons de craindre que je ne fisse savoir à sa majesté la part qu'il avait eue à ce mémoire , jugea à propos, lorsque le résultat de l'assemblée en eut rendu le projet inutile, de ne pas courir les risques du silence , et envoya au roi y avec ses excuses de n'être point venu à Passem-