LIVRE VINGT-DEUXIEME
blée , un désaveu formel de tout le contenu au mémoire.
C'était là une de ces pièces dont il faut empêcher l'effet sans faire de bruit. Ainsi, voulant m'instruire si une grande partie du corps protestant en avait eu connaissance, et s'il y avait adhéré, je n'en parlai qu'en général aux députés , et sous les noms d'associations , de réserves et de défiances , que je faisais pourtant sentir n'être pas exemptes de crime. La réponse qui me fut faite est que , si Henri eût été immortel , les protestans , contens de sa parole en tout ce qui les regardait, auraient renoncé dès ce moment à prendre aucune précaution , abandonné leurs places de sûreté , rejeté tout appui au-dehors , et regardé comme inutiles tous réglemens particuliers pour la conservation de leur société ; mais que la crainte de trouver dans quelqu'un de ses successeurs des sentimens bien différens les forçait à conserver les mesures qu'on avait bien voulu qu'ils prissent pour leur sûreté. Cet aveu me fit plus de plaisir que toute autre réponse plus adoucie. Si l'assemblée avait trempé dans le projet en question , ! elle ne s'en serait pas tenue ainsi à l'écorce de mon discours, et elle aurait commencé par repousser fortement ce reproche par toutes sortes de protestations et par un déni formel
Je me tins doue assuré que la contagion des
mauvais discours et du méchant exemple n'avait
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sonnes que j'ai nommées ; mais il ne me fut pas si facile d'en convaincre Henri , ou de le rassurer contre l'appréhension que le mal ne se communiquât bientôt. Il se laissait vivement frapper de l'aveugle facilité de la populace à suivre l'impression de ceux qu'elle regarde comme ses chefs et ses défenseurs, et des suites fâcheuses qu'on en pouvait voir arriver , si la France avait le malheur que sa mort laissât le dauphin en bas âge. Il me disait quelquefois que mon intérêt particulier se trouvait lié en cette occasion avec l'intérêt public, comme étant un des principaux officiers de la couronne , et devant être lieutenant de la compagnie de son second fils , si Dieu lui en donnait un", comme il arriva. Mais , après tout , de quoi pouvaient être capables un duc de Bouillon errant et méprisé, un Duplessis avec sa plume, les Çonstans et d'Aubigné avec leur langue , contre une autorité aussi solidement établie , que celle que Henri était dès à présent en état de laisser à son fils ? L'incertitude de la succession royale m'avait toujours paru en quelque manière le seul danger véritable qu'on eût à craindre.
C'était par occasion que cette matière se traitait entre les députés de l'assemblée et moi <> et sans nuire à la première et principale , je veux