LIVRE VINGT-DEUXIEME
la nomination des députés particuliers , que j'avais d'abord mis sur le tapis. Les protestans prétendirent que cette nomination ne regardait en rien sa majesté , et devait se faire par eux * seuls. Je détruisis ce préjugé en montrant que sa majesté , par sa qualitç de roi , doit avoir la principale part dans une affaire qui a une influence si nécessaire sur le bon ordre , et une liaison si marquée avec la police ; que du bon ou du mauvais caractère des députés choisis dépend en grande partie la bonne ou mauvaise intelligence entre les deux religions ; ce que j'appuyai par un exemple pris dans la chose même , celui de la conduite pleine de manège et de mauvaise foi de quelques-uns de ceux qui avaient ci-devant exercé
cet emploi.
Pour vider ce combat d'opinions , je proposai que l'assemblée se renfermât dans un certain nombre de personnes propres à cette charge, sur lesquelles le roi choisirait les deux qui lui convien-
draient ; et , malgré la répugnance que j'aperçus encore \ cet expédient , je ne désespérai pas de le faire passer , ayant à disposer de bonnes gratifications en faveur de ceux qui se conformeraient aux intentions de sa majesté. Henri faillit y mettre lui-même obstacle sans y penser. Il avait jugé par l'opposition générale de l'assemblée qu'elle n'agréerait jamais ce point , et il m'écrivit de me
Ai
contenter que les deux députés fussent proposés et choisis de concert entre lui et les protestons , ce qui rendit l'assemblée plus attachée à son sentiment ; car, soit que sa majesté s'expliquât publiquement sur le contenu de ses lettres , ou que ceux qui en étaient participans gardassent mal le secret , toutes les intentions du prince étaient aussitôt et aussi parfaitement connues dans l'assemblée que dans le conseil même. Villeroi m'en avertit , et je le savais mieux que kii ; c'est ce qui fit que j'exigeai de lui et de Sillery qu'ils m'éerivissent toujours de leur main , ce que j'observais aussi de mon côté; et j'en étais quelquefois si fatigué , que j'étais obligé de les -renvoyer tous les deux aux lettres que j'écrivais à sa majesté , qu'on avait soin ensuite de jeter au feu. Cependant mon dessein prévalut à la fin dans l'assemblée pour le choix réservé à sa majesté de deux personnes sur six , et je trouvai encore le moyen que , sur ces six, on n'y en plaçât aucun qui eût donné publiquement des marques de désobéissance ou de mutinerie. Henri regarda ce succès comme un des plus importans services que je pouvais lui rendre.
Quelques députés eurent recours à demander qu'on créât un troisième député, qui fût toujours un ministre, protestant. Le ministre Berault s était, dit -on, fait fort d y 'parvenir , et il devait